Anamnèse (réduction chant-piano) est édité.

La réduction chant d’Anamnèse (originellement pour chœur mixte et orchestre à cordes) est disponible aux Éditions Delatour (France)

Écrite en collaboration avec le compositeur belge Michel Lysight, cette pièce s’ouvre sur une basse obstinée de six notes en valeurs régulières ; les différents pupitres de l’orchestre construisent sur cette basse un choral sur lequel se greffent progressivement deux motifs mélodiques énoncés par les voix du chœur. Le premier motif est chanté en canon à trois parties par les sopranos, altos et ténors tandis que seules les basses chantent le deuxième.

Le texte est né du constat que les six camps d’extermination nazis de la seconde Guerre Mondiale furent bâtis en Pologne. Ce fait historique, en contradiction avec le souci de rendement et d’optimisation des concepteurs de la Shoah, n’a jamais reçu d’explication satisfaisante. L’auteur imagine le questionnement de descendants polonais sur le rôle de leurs parents dans l’une des plus grandes entreprises de déshumanisation de l’histoire.

Chaque voix chante son propre texte, indépendamment des autres, incarnant d’abord l’horreur des prisonniers, puis celle, à quelques générations de distance, des jeunes Polonais découvrant l’histoire. Furtivement, ces voix individuelles convergent vers les mêmes sonorités, les mêmes mots et la même conscience.

La musique, très lyrique et expressive lorsque le texte énonce des paroles de prisonniers, devient nettement plus distanciée et froidement rythmique dans la partie centrale, au moment où le chœur égrène systématiquement les noms de chaque camp, comme pour en évoquer la totale déshumanisation. La dernière partie voit s’inverser les rôles de l’orchestre et du chœur : ce dernier chante le choral du début tandis que les deux motifs mélodiques sont joués par l’orchestre jusqu’à ce que le silence survienne abruptement.

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Le craquement de la branche morte, le glissement de la semelle sur la boue prise par le gel. Le poul de la ville ne parvient plus jusqu’ici. Seule la lente respiration du monde.

« Attends-moi, ça glisse ! » Elle semble s’accrocher à son parapluie. L’escalier forestier n’en est pas un. Impératif de l’équilibre.

Rien n’est ce qu’il semble être. Ceux qui l’ignorent évitent ce lieu.

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Les voies ferrées sont des blessures apaisées, des cicatrices qui lient la ville à la campagne.

De part et d’autre des lignes d’acier s’étale un monde délaissé par les hommes et reconquis par une nature hésitante. Zones marécageuses, entourées d’herbes dures et d’arbres noirs, rongeurs furtifs, batraciens inquiets, nids délaissés.

Nous sommes dans un paysage que des milliers de personnes ignorent chaque jour, depuis le confort relatif de leur voiture de chemin de fer. Nous sommes dans un blanc sur la carte, et au-dessus de nos têtes un groupe de ramiers s’envole bruyamment, faisant claquer leurs ailes comme des voiles.

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Dans le village de Shirakawago, rien ne cherche à briller et toute quête de raffinement serait obscène.

La tasse sur la table est terreuse. Sa texture mêle volutes et concrétions. Ce sont les lentes épousailles d’un gris de plomb avec un brun crayeux qui, par endroits, accueillent quelques vagues traces ocre. Le thé que l’on y verse rappelle la vieille paille par sa couleur mais son odeur est celle de l’herbe après un orage d’été.

Quel est le lien entre ce bol et le portique froid de la rame de métro tokyoïte ? Répondre à cette question est comprendre le Japon.

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Nulle part la mathématisation de l’humain n’apparaît plus clairement qu’ici.

Nous nous rêvons si différents. Nous le sommes si peu. Dans la population humaine, quelle que soit la variable considérée, l’écart-type est infime.

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À Tokyo la nuit tombe pas, elle se lève.

De plus en plus de lumières s’allument à hauteur d’yeux. Un ensemble de lignes, lettres et symboles de diverses couleurs éclosent par milliers, centaines de milliers, saignant toute pénombre. Seul le large Sumidagawa nous renvoie le ciel obscur après en avoir gommé les étoiles.

À Tokyo, la nuit se lève, lumineuse, dure et majestueuse, comme une armée dressée, en attente, sur un rivage.

À Tokyo, la Lune ignore la destinée les hommes.

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Intérieur et extérieur constituent l’un des grands prismes japonais. Ce qui est intérieur est ce qui est clos, peu important qu’un toit le recouvre. Et l’espace intérieur est une recherche d’équilibre où chaque élément doit trouver sa place exquise, fonctionnellement et esthétiquement.

L’espace extérieur en revanche est tressé de câbles, jonché de pots de fleurs disparates et de bouteilles d’eau en plastique, encombré d’enseignes et d’immeubles qu’aucun plan d’urbanisme ne semble chorégraphier.

Entrer dans une chambre ou un jardin, c’est entrer en soi. Sortir dans la rue, c’est convoquer l’attention et l’éveil au monde.

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Kyoto Nighthawks

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Les jeunes Tokyoïtes kawaaï et gothiques ont grandi.

Dans leurs garde-robes, elles ont remplacé les références manga par un dress code de salary women ou de pretty woman. Elles montrent toujours leurs jambes et continuent d’ouvrir grands leurs yeux noirs mais elles ne sont plus à rire en se racontant des bêtises dans le métro ; elles sont maintenant office ladies chez Toyota où le rôle consiste à servir le café, trier les archives et doper le taux de testostérone des décideurs vieillissants et de leurs hordes de jeunes loups.

Avec un peu de chance, elles y trouveront le mari qui leur épargnera la honte du célibat et leur fera 2-3 gosses. À ce moment, de toutes façons, elles arrêteront de travailler afin de pouvoir expliquer à leur descendance mâle et femelle comment la société fonctionne.

Alors moi, dans la station de métro, je regarde leurs longues jambes, leurs hauts talons, leurs grands yeux noirs et je réponds d’un sourire à la petite fille qui me sourit.

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Trancher, piquer et enficher sont autant de meurtrissures qui doivent être évitées et, quand elles ne le peuvent, confiées à des offices discrets et retirés.

Aucun clou dans les charpentes complexes des temples kyotoïtes, aucun couteau, aucune fourchettes sur les tables.

L’assemblage est une maîtrise.

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En Occident, notre corps est sacré et tabou. Nos vêtements protègent notre pudeur. La nudité n’est que dans l’intime ou dans l’obscène.

Ici, au Japon, l’esprit personnel est sacré et tabou. Alors que la nudité est visible dans tous les bains publics et que l’érotisme est celui du jeu des étoffes, l’impudeur est de dire ses sentiments.

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Je suis désormais l’étranger, celui que l’on veut aider ou éviter, celui à côté duquel se trouve la seule place vide du compartiment, celui qui a le faciès allochtone et la mise singulière.

Je suis aussi l’Occidental que certains regards féminins jaugent furtivement. Je suis l’imbécile qui reste cinq minutes devant la carte du métro ou qui rebrousse chemin au milieu du couloir.

Je suis l’étranger de Camus, Ulysse en Phéacie, Dante laissé par Virgile, Un Idiot à Paris.

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À Tokyo, les sans-abris ne mendient pas, et rangent leurs affaires une fois réveillés.

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