Sélectionner une page

Ramallah #6

« Si on regarde par la baie, la lagune est comme une croûte de sel, et on croit voir une mer de la lune. On dirait que la planète s’est refroidie pendant qu’on dormait, qu’on s’est levé au cœur d’une nuit au-delà des âges. On croit voir ce qui sera un jour, […] quand il n’y aura plus de Maremma, plus d’Orsenna, plus même leurs ruines, plus rien que la lagune et le sable, et le vent du désert sous les étoiles. On dirait qu’on a traversé les siècles tout seul, et qu’on respire plus largement, plus solennellement, de ce que se sont éteintes des millions d’haleines pourries. » — Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq

Rien ne bouge. Les masses sont telles, et leur équilibre si fragile, que tout le visible semble devenu inflammable. Il devient clair que seuls certains mouvements sont autorisés, que nous entrons dans une chorégraphie secrète et impréparée dont la parfaite exécution sera la clé du passage.

Ramallah #5

Cette lutte n’est pas celle qu’entretiennent le Bien et le Mal, elle est celle qui oppose les différentes conceptions du Bien, et chacune partage l’idée que la Justice lui est nécessaire. Mais la Justice de ceux qui n’ont rien ne peut reposer que sur l’imaginaire, le religieux. Tandis que la Justice de ceux qui ont tout doit nécessairement protéger leurs avoirs. Ces deux justices ne peuvent partager de norme commune, et justifier l’une ou l’autre au nom de valeurs est une imposture dérisoire.

La lassitude et la violence coulent, immiscibles l’une à l’autre, dans les veines de Ramallah. Là, au milieu de gosses qui rêvent la fin du jour dans une rue que personne n’affectionne, un homme fatigué et tendu me croise d’un pas rapide. L’air est chargé d’effluves d’essence, de senteurs épicées et de relents de légumes abandonnés là. Tout dans cette rue écrit ceci : bientôt le métal déchirera à nouveau la chair, bientôt le sang et la poussière couleront, immiscibles, dans les veines de Ramallah.

Ramallah #4

Nous sommes là, dans notre corps, dans la ville. Le soleil allonge les ombres et aveugle un vieil homme qui pousse un caddie. La pente est rude et les jambes sont faibles.

Sa posture, sa fatigue, donnent une harmonie à la rue et à l’instant.

 

Ramallah #3

Ce n’est pas une déchirure, c’est au contraire un ensemble de plissures qui froissent brutalement le paysage, lui imposant un relief de cassures abruptes, d’horizons accidentés gommant son histoire et sa nature. Cet habitus meurtri n’offre pas plus de confort dans ses gorges glacées que sur ses crêtes vives. Nul plateau où puisse se poser une esthétique, nulle plaine où puisse croître une éthique. Le désir ne peut se construire qu’en dedans de chacun.

 

Ramallah #2

De toutes les constructions humaines, le mur est l’une des plus communes. Mais ce mur-ci a quelque chose de singulier : d’où je suis il est impossible d’en voir la fin. Un mur ne sépare pas seulement deux espaces, il sépare aussi deux temps, du moins pour quiconque peut s’imaginer le franchir. L’infini de ce mur impose à ces espaces et à ces temps une séparation infinie.

Ramallah #1

Et tous les cent mètres, sur la route qui me mène de Tel-Aviv à Ramallah, des drapeaux israéliens. Placés là comme des empreintes appuyées, comme autant d’affirmations de conquête, systématiquement espacées. La vitesse de mon véhicule transforme leur espacement rigoureux dans le rythme d’une marche lente et implacable. Puis, derrière la colline, le mur.

Courants d’Airs 2017

La 12e édition de ce festival des arts de la scène est accessible gratuitement à l’initiative du Conservatoire royal de Bruxelles en Musique et Arts de la parole. Le 19 avril 2017, à 20:00 seront jouées trois oeuvres coécrites avec le compositeur belge Michel Lysight : Three Philosophers Songs, et les deux Regards sur Arlequin.

D’autres oeuvres instrumentales de Michel Lysight sont programmées (dont une création mondiale), ainsi que le fantastique Tehillim de Steve Reich.

Sur scène : Quintette EtCaetera, Thibaut Louvel (piano), Stann Duguet (violoncelle), Sesim Bezduz (violon), Ninon Demange (Soprano), Romain Dayez (Baryton), Pierre Quiriny (marimba), Antoine Dandoy (marimba) et le Royal Conservatory of Brussels Orchestra sous la direction de Philippe Gérard.

Coordonnées et réservation

Le Libre Arbitre

Le Libre Arbitre : Esquisse d’une métaphysique de la liberté trouve désormais sa place dans le catalogue de L’Harmattan (Paris).

La description de l’éditeur ne demande aucune retouche :

Notre expérience quotidienne nous le prouve : nous prenons des décisions pour nous déplacer, pour penser, pour agir et réagir. Nous prenons ces décisions selon notre nature et de notre environnement, mais aussi en fonction de notre volonté propre. C’est cette caractéristique essentielle qui confère à l’humain son libre arbitre.

Toutefois, rien dans la science ne vient conforter cette formidable intuition. Au contraire, les modèles contemporains des neurosciences et des science cognitives tendent à faire de nous des machines imparfaites, et à reléguer la volonté au rang d’illusion.

Dans ce court essai, Alain Van Kerckhoven démontre que le libre arbitre a toujours été instrumentalisé pour justifier des postures religieuses, philosophiques ou politiques. L’apparition de nouveaux outils de connaissance permet pour la première fois d’en faire un sujet d’étude rationnelle.

Les conclusions nous entraînent aux frontières de la science et de la philosophie, au cœur de l’expérience humaine.

Disponible sur Amazon, sur le site de l’éditeur ou mieux encore, chez votre libraire favori…

 

La Complainte des esclaves au catalogue de Delatour

La Complainte des Esclaves est une courte pièce humoristique écrite à nouveau en collaboration avec le compositeur Michel Lysight. Les esclaves dont il est question sont les jeunes choristes, suppliant leur chef de chœur de ne plus jamais leur donner à chanter de musique contemporaine. La musique est un clin d’œil pastichant les grands classiques, tout en conservant la touche personnelle du compositeur.

La pièce, pour choeur d’enfants à 2 voix, 2 percussionnistes et 2 instruments ou piano, est disponible en version papier ou électronique aux Éditions Delatour.

Complainte-des-esclaves-pour-choeur-d-enfants-a-2-voix

Les Chants de Casanova édités !

Les Chants de Casanova sont finalement disponibles dans le catalogue de Delatour, France.

Cette vaste fresque lyrique de 45 minutes pour contre-ténor (ou baryton), choeur mixte et grand orchestre symphonique fut écrite en collaboration avec le compositeur belge Michel Lysight.

Écrits de 2005 à 2006, Les Chants de Casanova ne sont pas un récit linéaire de la vie de Casanova, mais plutôt une évocation en un prélude et six chants de divers événements marquants qui ont jalonné le parcours de ce fascinant personnage. Les ambiances musicales, très variées, sont caractéristiques du style du compositeur : lyrisme, expression, vastes mélodies, subtilité des couleurs orchestrales et rythmes implacables s’y côtoient de manière naturelle.

La création mondiale de cette pièce maîtresse du compositeur a eu lieu le 29 janvier 2010 dans la Grande Salle du Conservatoire royal de Bruxelles et le 30 janvier à l’Aula Magna de L’Université catholique de Lille par les Chœurs de l’Union Européenne, les Chœurs et l’Orchestre du Conservatoire royal de Bruxelles sous la direction de Pierre-Yves Gronier (chefs de chœurs : Dirk De Moor et Charles Michiels).

Chants-de-casanova-pour-contre-tenor-choeur-mixte-et-orchestre-materiel

Isle of Skye #3

À qui sait lire, l’île de Skye livre ses tourments qui sont ceux de la Terre. Collision des plaques, failles, volcanisme n’ont cessé de pétrir le paysage de granite et de basalte. La danse monstrueuse des matières et des énergies n’est pas terminée.

Le fait que nous marchions sur ce monde comme s’il était ferme et figé témoigne de notre fugacité.

Skye2

Isle of Skye #2

Plus loin, la côte capte un peu de soleil. Je glisse sous le grand ciel. Le vent avale le bruit du moteur. Les oiseaux ont tous disparu.

Ce matin encore, j’étais le jouet de désirs et de peurs.

Skye3

Isle of Skye #1

Parfois ce n’est pas un sentier mais juste une sente : une piste discrète d’herbes plus éparses, plus courbées, témoignant du passage régulier mais diffus et léger d’autres gens. Il n’est pas nécessaire de savoir qui sont ces gens, quand ils sont passés ni même où mène cette sente pour la suivre.

Malgré cela, lorsque la sente s’interrompt apparaît ce double sentiment de solitude et de découvreur. Chaque nouveau pas devient une conquête.

Skye1

Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais me battrai-je pour que vous ayez le droit de le dire ?

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. » Cette citation apocryphe de Voltaire est régulièrement citée par ceux qui défendent comme un bien commun précieux la liberté d’expression.

Pourtant, peu d’entre eux sont prêts à se battre pour que des révisionnistes ou autres racistes puissent s’exprimer librement. Cette posture n’est pas tenable car, comme le note Chomsky, défendre la liberté d’expression pour des opinions qui ne nous choquent pas est à la portée du premier dictateur venu…

[ texte intégral ]

Doel #2

« Cette vague qui reflue avec les souvenirs, la ville s’en imprègne comme une éponge, et grossit; une description de Zaïre telle qu’elle est aujourd’hui devrait comprendre tout le passé de Zaïre. mais la ville ne dit pas son passé, elle le possède, pareil aux lignes d’une main, inscrit au coin des rues, dans les grilles des fenêtres, sur les rampes des escaliers, les paratonnerres, les hampes des drapeaux, sur tout segment marqué à son tour de griffes, dentelures, entailles, virgules.  — Italo Calvino, Villes invisibles (trad. Jean Thibaudeau)

tumblr_o4c5gqEkPZ1tgnxono1_1280

 

Doel #1

« L’air est plein d’une innombrable multitude de peuples de figure humaine, un peu fiers en apparence, mais dociles en effet : grands amateurs des sciences, subtils, officieux aux sages, et ennemis des sots et des ignorants. Leurs femmes et leurs filles sont des beautés mâles, telles qu’on dépeint les Amazones… Sachez que les mers et les fleuves sont habités de même que l’air ; les anciens Sages ont nommé Ondins ou Nymphes cette espèce de peuple… La terre est remplie presque jusqu’au centre de Gnomes, gens de petite stature, gardiens des trésors, des minières et des pierreries. ceux-ci sont ingénieux, amis de l’homme et faciles à commander. Ils fournissent aux enfants des Sages tous l’argent qui leur est nécessaire et ne demandent guère pour prix de leur service que la gloire d’être commandés. Les Gnomides leurs femmes sont petites, mais fort agréables, et leur costume est fort curieux… Quant aux salamandres, habitants enflammés de la région du feu, ils servent aux philosophes. »

Nicolas-Pierre-Henri de Montfaucon de Villars, Le comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences occultes (1670)

Doel2

Création mondiale des Deux Regards sur Arlequin

Création mondiale des Deux Regards sur Arlequin par l’ensemble Musiques Nouvelles sous la direction Jean-Paul Dessy avec Pauline Claes (mezzo-soprano), Claire Bourdet (violon & alto), Jean-Pol Zanutel (violoncelle), Berten D’Hollander (flûte), Charles Michiels (clarinette & clarinette basse) et Kim Van den Brempt (piano).

La création a lieu le 14 avril 2016 à Mons dans le cadre du centenaire de la création du Pierrot Lunaire d’Arnold Schoenberg.

[Détails et réservation]

Deux regards sur Arlequin

Deux regards sombres et nihilistes sur Arlequin, déconstruisant le gentil poème d’Albert Giraud mis alors en musique par Arnold Schönberg dans son Dreimal sieben Gedichte aus Albert Girauds « Pierrot lunaire ». Cette fois encore, la musique sauvera et portera les vers.

Et bonne critique sur Three Philosophers Songs

Bonne critique aussi, dans le même numéro de novembre de L’Éducation Musicale (Paris, France) :

Sur un texte en anglais, l’auteur nous présente trois contes philosophiques librement inspirés de trois mythes occidentaux : le premier, inspiré de Caïn et Abel, le deuxième du destin de l’acacia et le dernier s’inspire de la légende de Saint Nicolas. L’ensemble laisse un rôle majeur aux parties instrumentales qui dialoguent constamment avec le chanteur. Il y a un grand lyrisme dans cette œuvre attachante.

Bonne critique sur El Niño de Atocha

Bonne critique dans le numéro de novembre de L’Éducation Musicale (Paris, France) :

Créée le 13 mai 2012 à Bruxelles, cette œuvre a été inspirée par les confidences faites à l’auteur du texte par une jeune femme de république dominicaine. El Niño de Atocha est un « enfant Jésus » local qui protégeait des sorciers et calmait les peurs de la petite fille. L’alternance de deux thèmes musicaux, l’un à caractère de berceuse populaire, l’autre plus rythmique crée une ambiance typique. Bien que consonant, l’ensemble demande un chœur aguerri à cause de la virtuosité de certains passages, d’autant plus qu’il est important que le texte soit parfaitement compréhensible. Mais on sera récompensé du travail demandé par la beauté de l’œuvre.

British Columbia #3

De ma chambre on voit la ville, et de la ville ma chambre.

Mais la proximité est telle que ce n’est pas la ville que je vois mais les alvéoles parfois éclairées qui se rempliront dans quelques heures. Je vois les bureaux, les ordinateurs, les plantes vertes dérisoires posées sur les armoires. Ces alvéoles se rempliront bientôt d’hommes et de femmes qui travailleront à ce que d’autres alvéoles voient le jour ou à ce que ceux qui occupent celles-ci puissent continuer ainsi. Il vérifieront des budgets, écriront des règlements, planifieront des processus.

Il est cinq heure à Vancouver et je prends soin d’éteindre mon alvéole avant de la quitter pour un avion qui me la fera survoler.

tumblr_nw672w89ui1tgnxono1_1280

British Columbia #2

« Là-bas, tout est grand, tout est possible » me dit-elle avant qu’une feuille Excel ne capte nos vies.

Je me souvenais de Borges parlant de la plaine : « de même que les hommes d’autres nations vénèrent et pressentent la mer, de même nous (y compris l’homme qui entretisse ces symboles), nous aspirons ardemment à vivre dans la plaine infinie qui résonne sous les sabots. »

L’infini canadien ne nécessite pas l’horizon et se nourrit de verticales.

tumblr_nw4blzqY301tgnxono1_1280

 

 

British Columbia #1

Bien sûr il y a le vent et le froid, et puis le terrain en pente, et les orages qui ravinent le sol et découvrent les racines. Alors, il faut pousser droit. Droit et haut pour capter l’eau des nuages que le Pacifique nous envoie régulièrement. Assurer notre ancrage sur le sol du Mt Pitt, quelque part entre Squamish et Whistler.

tumblr_nw5wd2vvOk1tgnxono1_1280

Three Philosophers Songs est édité.

Three Philosophers Songs est disponible chez Delatour, notre désormais éditeur habituel.

Cette œuvre pour Baryton, flûte, violon, violoncelle et piano est à nouveau écrite en collaboration avec le compositeur belge Michel Lysight et résulte d’une commande de Mireille Delvaux.

Certains symboles ont traversé les civilisations et les âges, utilisant comme véhicules des mythes qui se perpétuent de mille façons : récits religieux, chansons populaires ou décors de cathédrales par exemple. Les plus forts de ces symboles ont nourri (et été nourris par) une discipline initiatique à la fois spéculative et opérative : l’alchimie.
Three Philosophers Songs – que l’on pourrait traduire par « Trois Mélodies philosophales » – évoque trois de ces mythes occidentaux sous un éclairage philosophal.
  1. The Fruits of the Earth se réfère à l’étrange histoire de Caïn et Abel. La musique est construite sur la technique de la basse obstinée. Dans les divers épisodes qui se succèdent, la voix et les instruments établissent un dialogue soulignant le caractère dramatique du récit.
  2. Roots and Thorns évoque de multiples destins de l’acacia. La pièce s’ouvre sur une succession d’accords mineurs distants les uns des autres d’un intervalle de tierce (mineure ou majeure). Une mélodie se déploie vers la fin de cette longue introduction. Suit alors un passage central plus agité rythmiquement où le chant prend le rôle central, soutenu par les instruments. Une troisième section voit revenir la succession d’accords et la mélodie initiale.
  3. The Salt of the Earth revisite la très alchimique légende de Saint Nicolas. L’utilisation d’un accord sans tierce donne un caractère « médiéval » à la courte introduction instrumentale. La voix chante alors en boucle une mélodie simple, très expressive, et c’est l’ensemble instrumental qui crée les différentes atmosphères et variations de caractère. La conclusion, purement instrumentale, utilise essentiellement la mélodie principale et finit sur l’accord sans tierce du début.
La création mondiale a eu lieu le 8 novembre 2014 au Conservatoire royal de Bruxelles par l’ensemble Grupo 46, dédicataire de l’œuvre : Alejandro Beresi (flûte), Claudine Schott (violon), Guillermo Cerviño Wood (violoncelle), Carlos Palazzo (baryton) et Paule Van den Driessche (piano).
three-philisophers-songs-pour-baryton-flute-violoncelle-et-piano