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Isle of Skye #3

À qui sait lire, l’île de Skye livre ses tourments qui sont ceux de la Terre. Collision des plaques, failles, volcanisme n’ont cessé de pétrir le paysage de granite et de basalte. La danse monstrueuse des matières et des énergies n’est pas terminée.

Le fait que nous marchions sur ce monde comme s’il était ferme et figé témoigne de notre fugacité.

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Isle of Skye #2

Plus loin, la côte capte un peu de soleil. Je glisse sous le grand ciel. Le vent avale le bruit du moteur. Les oiseaux ont tous disparu.

Ce matin encore, j’étais le jouet de désirs et de peurs.

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Isle of Skye #1

Parfois ce n’est pas un sentier mais juste une sente : une piste discrète d’herbes plus éparses, plus courbées, témoignant du passage régulier mais diffus et léger d’autres gens. Il n’est pas nécessaire de savoir qui sont ces gens, quand ils sont passés ni même où mène cette sente pour la suivre.

Malgré cela, lorsque la sente s’interrompt apparaît ce double sentiment de solitude et de découvreur. Chaque nouveau pas devient une conquête.

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Vol

Sur le petit écran qui me fait face, une lente géodésique affiche notre avion à la verticale des côtes écossaises et me fait lever le volet du hublot.

La ligne de front complexe, fractale, de l’assaut de la mer sur les Highland est là, sous l’aile chargée de kérosène. Mais de mon fragile cylindre de métal, je ne distingue aucune trace d’activité humaine, pas de route ni de ville ni de port.

L’homme peut n’y avoir jamais existé. Peut-être est-ce là une preuve fugace que rien d’autre n’existe que le rêve imparfait et singulier que je fais. Ou que, à une certaine distance, nous cessons d’avoir existé.