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Ramallah 2017

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Schaerbeek #3

Le craquement de la branche morte, le glissement de la semelle sur la boue prise par le gel. Le pouls de la ville ne parvient plus jusqu’ici. Seule la lente respiration du monde.

« Attends-moi, ça glisse ! » Elle semble s’accrocher à son parapluie. L’escalier forestier n’en est pas un. Impératif de l’équilibre.

Rien n’est ce qu’il semble être. Ceux qui l’ignorent évitent ce lieu.

Schaerbeek #2

Les voies ferrées sont des blessures apaisées, des cicatrices qui lient la ville à la campagne.

De part et d’autre des lignes d’acier s’étale un monde délaissé par les hommes et reconquis par une nature hésitante. Zones marécageuses, entourées d’herbes dures et d’arbres noirs, rongeurs furtifs, batraciens inquiets, nids délaissés.

Nous sommes dans un paysage que des milliers de personnes ignorent chaque jour, depuis le confort relatif de leur voiture de chemin de fer. Nous sommes dans un blanc sur la carte, et au-dessus de nos têtes un groupe de ramiers s’envole bruyamment, faisant claquer leurs ailes comme des voiles.

Tokyo #6

À Tokyo la nuit tombe pas, elle se lève.

De plus en plus de lumières s’allument à hauteur d’yeux. Un ensemble de lignes, lettres et symboles de diverses couleurs éclosent par milliers, centaines de milliers, saignant toute pénombre. Seul le large Sumidagawa nous renvoie le ciel obscur après en avoir gommé les étoiles.

À Tokyo, la nuit se lève, lumineuse, dure et majestueuse, comme une armée dressée, en attente, sur un rivage.

À Tokyo, la Lune ignore la destinée les hommes.

Kyoto #2

Kyoto Nighthawks

Tokyo #4

Les jeunes Tokyoïtes kawaaï et gothiques ont grandi.

Dans leurs garde-robes, elles ont remplacé les références manga par un dress code de salary women ou de pretty woman. Elles montrent toujours leurs jambes et continuent d’ouvrir grands leurs yeux noirs mais elles ne sont plus à rire en se racontant des bêtises dans le métro ; elles sont maintenant office ladies chez Toyota où le rôle consiste à servir le café, trier les archives et doper le taux de testostérone des décideurs vieillissants et de leurs hordes de jeunes loups.

Avec un peu de chance, elles y trouveront le mari qui leur épargnera la honte du célibat et leur fera 2-3 gosses. À ce moment, de toutes façons, elles arrêteront de travailler afin de pouvoir expliquer à leur descendance mâle et femelle comment la société fonctionne.

Alors moi, dans la station de métro, je regarde leurs longues jambes, leurs hauts talons, leurs grands yeux noirs et je réponds d’un sourire à la petite fille qui me sourit.

New York #4

Les images qui restent le plus longtemps sont souvent d’instants fugaces mais dont nous avons saisi la fugacité, d’instants où notre conscience a repris le dessus sur le flux des contingences. D’instants où nous avons cessé de fonctionner pour être vraiment là.

Pourtant, c’est à ce moment que l’on peut être tenté de placer un appareil photo entre ce monde et notre esprit, dans l’espoir naïf de prolonger ou de communiquer cet instant de conscience. Bien sûr, nous détruisons alors cela-même que nous voulions préserver.

Tel est le paradoxe de la photographie.

Schaerbeek #1

Une échelle d’aluminium, quelques pas mal assurés, une trappe à manœuvrer et nous passons outre la frontière interdite.

Nous retrouvons le ciel. Le toit est encombré de buses, de reliefs dont nous n’identifions pas la fonction, d’autres trappes, condamnées. Le bord non sécurisé nous rappelle notre finitude et notre magnificence. La ville est en-dessous, bruisse et nous ignore.

Nous sommes Marc-Aurèle et nous marchons sur notre montagne. Le vent nous gonfle de vie.

Oostende

Faire du cuistax sur la digue d’Ostende, dépasser le casino, les thermes et filer vers la France. Longer la mer sur la droite, laisser les gens sur la gauche.

À gauche, les gens mangent, marchent et parlent. Ils promènent leur chien, leurs enfants ou leur vie. À droite, la mer roule tranquillement sa molle marée. Et nous, au milieu de tout ça, nous pédalons vers la Côte d’Opale, la Bretagne, l’Aquitaine.

Dans le ciel, des mouettes géostationnaires, face au vent, ignorent qu’elles illustrent un paragraphe fameux de Lewis Carroll.