Actualités

Mon actualité et mon carnet de voyage s’entremêlent désormais.
Ce dernier est fait d’impressions instantanées, capturées par un Fujifilm et parfois aussi rédigées sur le moment dans un petit carnet de notes.

Ramallah #6

« Si on regarde par la baie, la lagune est comme une croûte de sel, et on croit voir une mer de la lune. On dirait que la planète s’est refroidie pendant qu’on dormait, qu’on s’est levé au cœur d’une nuit au-delà des âges. On croit voir ce qui sera un jour, […] quand il n’y aura plus de Maremma, plus d’Orsenna, plus même leurs ruines, plus rien que la lagune et le sable, et le vent du désert sous les étoiles. On dirait qu’on a traversé les siècles tout seul, et qu’on respire plus largement, plus solennellement, de ce que se sont éteintes des millions d’haleines pourries. » — Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq

Rien ne bouge. Les masses sont telles, et leur équilibre si fragile, que tout le visible semble devenu inflammable. Il devient clair que seuls certains mouvements sont autorisés, que nous entrons dans une chorégraphie secrète et impréparée dont la parfaite exécution sera la clé du passage.

Ramallah #5

Cette lutte n’est pas celle qu’entretiennent le Bien et le Mal, elle est celle qui oppose les différentes conceptions du Bien, et chacune partage l’idée que la Justice lui est nécessaire. Mais la Justice de ceux qui n’ont rien ne peut reposer que sur l’imaginaire, le religieux. Tandis que la Justice de ceux qui ont tout doit nécessairement protéger leurs avoirs. Ces deux justices ne peuvent partager de norme commune, et justifier l’une ou l’autre au nom de valeurs est une imposture dérisoire.

La lassitude et la violence coulent, immiscibles l’une à l’autre, dans les veines de Ramallah. Là, au milieu de gosses qui rêvent la fin du jour dans une rue que personne n’affectionne, un homme fatigué et tendu me croise d’un pas rapide. L’air est chargé d’effluves d’essence, de senteurs épicées et de relents de légumes abandonnés là. Tout dans cette rue écrit ceci : bientôt le métal déchirera à nouveau la chair, bientôt le sang et la poussière couleront, immiscibles, dans les veines de Ramallah.

Ramallah #4

Nous sommes là, dans notre corps, dans la ville. Le soleil allonge les ombres et aveugle un vieil homme qui pousse un caddie. La pente est rude et les jambes sont faibles.

Sa posture, sa fatigue, donnent une harmonie à la rue et à l’instant.

Ramallah #3

Ce n’est pas une déchirure, c’est au contraire un ensemble de plissures qui froissent brutalement le paysage, lui imposant un relief de cassures abruptes, d’horizons accidentés gommant son histoire et sa nature. Cet habitus meurtri n’offre pas plus de confort dans ses gorges glacées que sur ses crêtes vives. Nul plateau où puisse se poser une esthétique, nulle plaine où puisse croître une éthique. Le désir ne peut se construire qu’en dedans de chacun.

Ramallah #2

De toutes les constructions humaines, le mur est l’une des plus communes. Mais ce mur-ci a quelque chose de singulier : d’où je suis il est impossible d’en voir la fin. Un mur ne sépare pas seulement deux espaces, il sépare aussi deux temps, du moins pour quiconque peut s’imaginer le franchir. L’infini de ce mur impose à ces espaces et à ces temps une séparation infinie.

Ramallah #1

Et tous les cent mètres, sur la route qui me mène de Tel-Aviv à Ramallah, des drapeaux israéliens. Placés là comme des empreintes appuyées, comme autant d’affirmations de conquête, systématiquement espacées. La vitesse de mon véhicule transforme leur espacement rigoureux dans le rythme d’une marche lente et implacable. Puis, derrière la colline, le mur.

Courants d’Airs 2017

La 12e édition de ce festival des arts de la scène est accessible gratuitement à l’initiative du Conservatoire royal de Bruxelles en Musique et Arts de la parole. Le 19 avril 2017, à 20:00 seront jouées trois oeuvres coécrites avec le compositeur belge Michel Lysight : Three Philosophers Songs, et les deux Regards sur Arlequin.

D’autres oeuvres instrumentales de Michel Lysight sont programmées (dont une création mondiale), ainsi que le fantastique Tehillim de Steve Reich.

Sur scène : Quintette EtCaetera, Thibaut Louvel (piano), Stann Duguet (violoncelle), Sesim Bezduz (violon), Ninon Demange (Soprano), Romain Dayez (Baryton), Pierre Quiriny (marimba), Antoine Dandoy (marimba) et le Royal Conservatory of Brussels Orchestra sous la direction de Philippe Gérard.

Coordonnées et réservation

Le Libre Arbitre

Le Libre ArbitreLe Libre Arbitre : Esquisse d’une métaphysique de la liberté trouve désormais sa place dans le catalogue de L’Harmattan (Paris).

La description de l’éditeur ne demande aucune retouche : « Notre expérience quotidienne nous le prouve : nous prenons des décisions pour nous déplacer, pour penser, pour agir et réagir. Nous prenons ces décisions selon notre nature et de notre environnement, mais aussi en fonction de notre volonté propre. C’est cette caractéristique essentielle qui confère à l’humain son libre arbitre.
Toutefois, rien dans la science ne vient conforter cette formidable intuition. Au contraire, les modèles contemporains des neurosciences et des science cognitives tendent à faire de nous des machines imparfaites, et à reléguer la volonté au rang d’illusion.
Dans ce court essai, Alain Van Kerckhoven démontre que le libre arbitre a toujours été instrumentalisé pour justifier des postures religieuses, philosophiques ou politiques. L’apparition de nouveaux outils de connaissance permet pour la première fois d’en faire un sujet d’étude rationnelle.
Les conclusions nous entraînent aux frontières de la science et de la philosophie, au cœur de l’expérience humaine. »

Disponible sur Amazon, sur le site de l’éditeur ou mieux encore, chez votre libraire favori…

La Complainte des esclaves au catalogue de Delatour

La Complainte des esclavesLa Complainte des Esclaves est une courte pièce humoristique écrite à nouveau en collaboration avec le compositeur Michel Lysight. Les esclaves dont il est question sont les jeunes choristes, suppliant leur chef de chœur de ne plus jamais leur donner à chanter de musique contemporaine. La musique est un clin d’œil pastichant les grands classiques, tout en conservant la touche personnelle du compositeur.

La pièce, pour choeur d’enfants à 2 voix, 2 percussionnistes et 2 instruments ou piano, est disponible en version papier ou électronique aux Éditions Delatour.

Les Chants de Casanova édités !

Les Chants de CasanovaLes Chants de Casanova sont finalement disponibles dans le catalogue de Delatour, France.

Cette vaste fresque lyrique de 45 minutes pour contre-ténor (ou baryton), choeur mixte et grand orchestre symphonique fut écrite en collaboration avec le compositeur belge Michel Lysight.

Écrits de 2005 à 2006, Les Chants de Casanova ne sont pas un récit linéaire de la vie de Casanova, mais plutôt une évocation en un prélude et six chants de divers événements marquants qui ont jalonné le parcours de ce fascinant personnage. Les ambiances musicales, très variées, sont caractéristiques du style du compositeur : lyrisme, expression, vastes mélodies, subtilité des couleurs orchestrales et rythmes implacables s’y côtoient de manière naturelle.

La création mondiale de cette pièce maîtresse du compositeur a eu lieu le 29 janvier 2010 dans la Grande Salle du Conservatoire royal de Bruxelles et le 30 janvier à l’Aula Magna de L’Université catholique de Lille par les Chœurs de l’Union Européenne, les Chœurs et l’Orchestre du Conservatoire royal de Bruxelles sous la direction de Pierre-Yves Gronier (chefs de chœurs : Dirk De Moor et Charles Michiels).

Isle of Skye #3

À qui sait lire, l’île de Skye livre ses tourments qui sont ceux de la Terre. Collision des plaques, failles, volcanisme n’ont cessé de pétrir le paysage de granite et de basalte. La danse monstrueuse des matières et des énergies n’est pas terminée.

Le fait que nous marchions sur ce monde comme s’il était ferme et figé témoigne de notre fugacité.

 

Isle of Skye #2

Plus loin, la côte capte un peu de soleil. Je glisse sous le grand ciel. Le vent avale le bruit du moteur. Les oiseaux ont tous disparu.

Ce matin encore, j’étais le jouet de désirs et de peurs.

 

Isle of Skye #1

Parfois ce n’est pas un sentier mais juste une sente : une piste discrète d’herbes plus éparses, plus courbées, témoignant du passage régulier mais diffus et léger d’autres gens. Il n’est pas nécessaire de savoir qui sont ces gens, quand ils sont passés ni même où mène cette sente pour la suivre.

Malgré cela, lorsque la sente s’interrompt apparaît ce double sentiment de solitude et de découvreur. Chaque nouveau pas devient une conquête.

 

Survivants et Zombies dans la nuit

Nous proposons un modèle cinématique d’un système complexe et pérenne de deux populations distinctes en interaction auditive (zombies et survivants). Nous présentons ensuite quelques possibilités de moduler les interactions par des paramètres externes. et avançons des pistes en vue de généraliser le modèle.

Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais me battrai-je pour que vous ayez le droit de le dire ?

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. » Cette citation apocryphe de Voltaire est régulièrement citée par ceux qui défendent comme un bien commun précieux la liberté d’expression. Pourtant, peu d’entre eux sont prêts à se battre pour que des révisionnistes ou autres racistes puissent s’exprimer librement. Cette posture n’est pas tenable car, comme le note Chomsky, défendre la liberté d’expression pour des opinions qui ne nous choquent pas est à la portée du premier dictateur venu…

Doel #2

« Cette vague qui reflue avec les souvenirs, la ville s’en imprègne comme une éponge, et grossit; une description de Zaïre telle qu’elle est aujourd’hui devrait comprendre tout le passé de Zaïre. mais la ville ne dit pas son passé, elle le possède, pareil aux lignes d’une main, inscrit au coin des rues, dans les grilles des fenêtres, sur les rampes des escaliers, les paratonnerres, les hampes des drapeaux, sur tout segment marqué à son tour de griffes, dentelures, entailles, virgules.  — Italo Calvino, Villes invisibles (trad. Jean Thibaudeau)

 

Doel #1

Doel

« L’air est plein d’une innombrable multitude de peuples de figure humaine, un peu fiers en apparence, mais dociles en effet : grands amateurs des sciences, subtils, officieux aux sages, et ennemis des sots et des ignorants. Leurs femmes et leurs filles sont des beautés mâles, telles qu’on dépeint les Amazones… Sachez que les mers et les fleuves sont habités de même que l’air ; les anciens Sages ont nommé Ondins ou Nymphes cette espèce de peuple… La terre est remplie presque jusqu’au centre de Gnomes, gens de petite stature, gardiens des trésors, des minières et des pierreries. ceux-ci sont ingénieux, amis de l’homme et faciles à commander. Ils fournissent aux enfants des Sages tous l’argent qui leur est nécessaire et ne demandent guère pour prix de leur service que la gloire d’être commandés. Les Gnomides leurs femmes sont petites, mais fort agréables, et leur costume est fort curieux… Quant aux salamandres, habitants enflammés de la région du feu, ils servent aux philosophes. »

Nicolas-Pierre-Henri de Montfaucon de Villars, Le comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences occultes (1670)

 

Deux Regards sur Arlequin : Création mondiale

Création mondiale des Deux Regards sur Arlequin par l’ensemble Musiques Nouvelles sous la direction Jean-Paul Dessy avec Pauline Claes (mezzo-soprano), Claire Bourdet (violon & alto), Jean-Pol Zanutel (violoncelle), Berten D’Hollander (flûte), Charles Michiels (clarinette & clarinette basse) et Kim Van den Brempt (piano).

La création a lieu le 14 avril 2016 à Mons dans le cadre du centenaire de la création du Pierrot Lunaire d’Arnold Schoenberg.

Deux regards sur Arlequin

Deux regards sombres et nihilistes sur Arlequin, déconstruisant le gentil poème d’Albert Giraud mis alors en musique par Arnold Schönberg dans son Dreimal sieben Gedichte aus Albert Girauds « Pierrot lunaire ». Cette fois encore, la musique sauvera et portera les vers.

Et bonne critique sur Three Philosophers Songs

Bonne critique aussi, dans le même numéro de novembre de L’Éducation Musicale (Paris, France) :

Sur un texte en anglais, l’auteur nous présente trois contes philosophiques librement inspirés de trois mythes occidentaux : le premier, inspiré de Caïn et Abel, le deuxième du destin de l’acacia et le dernier s’inspire de la légende de Saint Nicolas. L’ensemble laisse un rôle majeur aux parties instrumentales qui dialoguent constamment avec le chanteur. Il y a un grand lyrisme dans cette œuvre attachante.

Bonne critique sur El Niño de Atocha

Bonne critique dans le numéro de novembre de L’Éducation Musicale (Paris, France) :

Créée le 13 mai 2012 à Bruxelles, cette œuvre a été inspirée par les confidences faites à l’auteur du texte par une jeune femme de république dominicaine. El Niño de Atocha est un « enfant Jésus » local qui protégeait des sorciers et calmait les peurs de la petite fille. L’alternance de deux thèmes musicaux, l’un à caractère de berceuse populaire, l’autre plus rythmique crée une ambiance typique. Bien que consonant, l’ensemble demande un chœur aguerri à cause de la virtuosité de certains passages, d’autant plus qu’il est important que le texte soit parfaitement compréhensible. Mais on sera récompensé du travail demandé par la beauté de l’œuvre.

British Columbia #3

De ma chambre on voit la ville, et de la ville ma chambre.

Mais la proximité est telle que ce n’est pas la ville que je vois mais les alvéoles parfois éclairées qui se rempliront dans quelques heures. Je vois les bureaux, les ordinateurs, les plantes vertes dérisoires posées sur les armoires. Ces alvéoles se rempliront bientôt d’hommes et de femmes qui travailleront à ce que d’autres alvéoles voient le jour ou à ce que ceux qui occupent celles-ci puissent continuer ainsi. Il vérifieront des budgets, écriront des règlements, planifieront des processus.

Il est cinq heure à Vancouver et je prends soin d’éteindre mon alvéole avant de la quitter pour un avion qui me la fera survoler.

 

British Columbia #2.5

Après une nuit trop courte, je change 14 caractères dans les 12.766 qui m’offrent quelques semaines de survie financière. Je m’habille avant de partir vers Gastown, vers la base d’hydravions. Je la laisse dormir, comme semble le faire tout Vancouver. Sur un ponton du front de mer veille un hibou. Je crois d’abord à une statue mais sa tête se tourne vers moi. Je résiste à l’envie d’imprimer cette rencontre dans une autre mémoire que celle, fragile et fugace qui guide encore mes pas. Je repense à ces 14 caractères, relègue le reste. Je sens une pointe d’iode dans le vent qui assèche mes yeux.

British Columbia #2

« Là-bas, tout est grand, tout est possible » me dit-elle avant qu’une feuille Excel ne capte nos vies.

Je me souvenais de Borges parlant de la plaine : « de même que les hommes d’autres nations vénèrent et pressentent la mer, de même nous (y compris l’homme qui entretisse ces symboles), nous aspirons ardemment à vivre dans la plaine infinie qui résonne sous les sabots. »

L’infini canadien ne nécessite pas d’horizon et se nourrit de verticales.

 

British Columbia #1

Bien sûr il y a le vent et le froid, et puis le terrain en pente, et les orages qui ravinent le sol et découvrent les racines. Alors, il faut pousser droit. Droit et haut pour capter l’eau des nuages que le Pacifique nous envoie régulièrement. Assurer notre ancrage sur le sol du Mt Pitt, quelque part entre Squamish et Whistler.

 

Se repérer

Zaventem

Une immense surface de béton se fragmente en une multitudes de zones dont je cherche l’affectation. Il y a les zones de stationnement et celles de circulation. Pour les avions, les véhicules techniques, l’acheminement des voyageurs et celui du fret. Nul arbre, nul oiseau. Des machines, des hommes et des signes.

 

El Niño de Atocha disponible !

El Niño de AtochaLe texte de El Niño de Atocha (2011, © 2015 Éditions Delatour, France) est né d’une confidence que fit à l’auteur une jeune femme originaire de République Dominicaine. Comme tous les jeunes enfants de cette île, elle avait eu très peur des sorciers et, sous ses draps de petite fille, elle priait alors El Niño de Atocha. Cette icône est une image populaire de l’enfant Jésus, assis sur un petit trône avec un chapeau et une plume, un bâton de pèlerin, une gourde et un panier contenant du pain. À 18 ans, elle quitta sa famille, son pays et le poids de ce catholicisme syncrétique. Si, jusqu’à présent, la vie ne lui fut guère généreuse, elle ne regrette pas d’avoir laissé derrière elle ce petit berger un peu kitch et n’a de nostalgie que pour sa naïveté perdue.

La musique, écrite par le compositeur belge Michel Lysight, entremêle deux thèmes musicaux, l’un à caractère de berceuse populaire et l’autre plus rythmique, alternent, chaque fois traités de manière différente avant de finalement se superposer et d’amener une très virtuose conclusion.

La création mondiale a eu lieu le 13 mai 2012 à Bruxelles par Olivier Berten, Nedjelka Candina, Johan Fostier, Maria Helena Schoeps et Gilles Wiernik.

Three Philosophers Songs est édité.

Three Philosophers SongsThree Philosophers Songs est disponible chez Delatour, notre désormais éditeur habituel.

Cette œuvre pour Baryton, flûte, violon, violoncelle et piano est à nouveau écrite en collaboration avec le compositeur belge Michel Lysight et résulte d’une commande de Mireille Delvaux.

Certains symboles ont traversé les civilisations et les âges, utilisant comme véhicules des mythes qui se perpétuent de mille façons : récits religieux, chansons populaires ou décors de cathédrales par exemple. Les plus forts de ces symboles ont nourri (et été nourris par) une discipline initiatique à la fois spéculative et opérative : l’alchimie.
 
Three Philosophers Songs – que l’on pourrait traduire par « Trois Mélodies philosophales » – évoque trois de ces mythes occidentaux sous un éclairage philosophal.
  1. The Fruits of the Earth se réfère à l’étrange histoire de Caïn et Abel. La musique est construite sur la technique de la basse obstinée. Dans les divers épisodes qui se succèdent, la voix et les instruments établissent un dialogue soulignant le caractère dramatique du récit.
  2. Roots and Thorns évoque de multiples destins de l’acacia. La pièce s’ouvre sur une succession d’accords mineurs distants les uns des autres d’un intervalle de tierce (mineure ou majeure). Une mélodie se déploie vers la fin de cette longue introduction. Suit alors un passage central plus agité rythmiquement où le chant prend le rôle central, soutenu par les instruments. Une troisième section voit revenir la succession d’accords et la mélodie initiale.
  3. The Salt of the Earth revisite la très alchimique légende de Saint Nicolas. L’utilisation d’un accord sans tierce donne un caractère « médiéval » à la courte introduction instrumentale. La voix chante alors en boucle une mélodie simple, très expressive, et c’est l’ensemble instrumental qui crée les différentes atmosphères et variations de caractère. La conclusion, purement instrumentale, utilise essentiellement la mélodie principale et finit sur l’accord sans tierce du début.
La création mondiale a eu lieu le 8 novembre 2014 au Conservatoire royal de Bruxelles par l’ensemble Grupo 46, dédicataire de l’œuvre : Alejandro Beresi (flûte), Claudine Schott (violon), Guillermo Cerviño Wood (violoncelle), Carlos Palazzo (baryton) et Paule Van den Driessche (piano).

La Qualification terroriste

Stop Making Sense
Talking Heads (1984)

Depuis 2010, la France a qualifié de terrorisme djihadistes 17 attentats commis sur son territoire. (Dans le même temps, 91 actes de terrorismes – non meurtriers et non médiatisés – ont été commis dans la mouvance de l’indépendantisme corse.)1

À l’exception probable de la cyber attaque contre TV5 Monde qui ne fit ni mort ni blessé, tous ces actes ont été commis par des Français et ont permis la mise en place de lois limitant les libertés individuelles et de dispositifs augmentant les capacités de surveillance de l’État.

Sur ces 17 événements, la plupart ont été requalifiés par la suite : l’attentat de Joué-lès-Tours (20/12/2014) était un fait divers ; l’attentat à la voiture-bélier dans les rues de Dijon (22/12/2014) a été commis par un déséquilibré influencé par le récit médiatique des « attentats » récents ; l’attentat comparable, dans le marché de Noël de Nantes (22/12/2014) était en fait une tentative de suicide dont la forme démontre – s’il en était besoin – la force de contagion dudit récit médiatique. Le dernier en date (Saint-Quentin-Fallavier, 26/06/2015) s’est révélé être un fait divers grossièrement mis en scène.

Dans le passé, le rock, la violence télévisuelle, les jeux de rôle ou les jeux vidéo inspirèrent certains auteurs et furent désignés à l’opprobre par les médias. Maintenant ce sont les « discours de haine », et notamment ceux appelant au djihad de l’épée2 qui inspirent les médias et, en conséquence, certains auteurs.

Restent bien sûr les attentats commis par Mohammed Merah (tueries de 2012), les frères Kouachi (Charlie Hebdo, 07/01/2015) et Amedy Coulibaly (07-09/01/2015), attentats dont la nature terroriste djihadiste reste l’explication canonique. Qui sont ces personnes ?

  • Mohammed Merah est un enfant gâté dans une banlieue pauvre, fan des Simpson et de PlayStation, adepte de foot et de rodéos urbains, délinquant récidiviste bien éloigné des préceptes du Coran. Ses actes semblent d’ailleurs plus inspirés par Call of Duty que par le Coran. Le djihad interdit le meurtre d’enfants. Il en tue trois.
  • Les frères Kouachi sont orphelins, élevés par la République. Petites formations, petits boulots. La fréquentation d’un groupe de jeunes salafistes parisiens forgera un embryon d’idéal et de recherche de sens. L’un d’eux suivra un entraînement armé au Yémen, ce qui n’empêchera pas de perdre une chaussure et sa carte d’identité, d’improviser des tirs inutiles sur des cibles improvisées. L’autre s’intéresse plus aux vidéos pornos. Le djihad interdit le meurtre de femmes. Ils en tuent une. Les auteurs se réclament d’AQPA qui ne revendique (de façon ambiguë) l’attentat qu’une semaine plus tard.
  • Amedy Coulibaly connaît les frères Kouachi. C’est un délinquant multirécidiviste. Avant sa prise d’otage du magasin Hyper Casher de la Porte de Vincennes, il tue lui aussi une femme, ainsi qu’un joggeur. Le djihad interdit le meurtre de femmes mais aussi d’innocents.

Autant de profils dont la motivation religieuse semble difficile à trouver. Alors, petit à petit, le récit médiatique déconnecte le djihad du religieux pour en faire un fait politique propre toutefois à une communauté liée par une religion ou, à tout le moins, par une culture religieuse. On en vient à parler de « guerre de civilisations3. »

La vitesse avec laquelle les médias et la sphère gouvernementale française brandissent et amplifient la qualification terroriste repose sur des mécanismes évidents profitables à diverses parties…

Si l’auteur est présenté comme déséquilibré, le discours médiatique se structurera autour de l’idée de responsabilité de l’état et de celle la personne. Le débat abordera la question d’une société qui développe en son sein des individus potentiellement dangereux qu’elle ne sait pas gérer. Il sera question d’insécurité endogène.

Au contraire, si l’auteur est présenté comme le bras armé d’une mouvance djihadiste, le discours médiatique se structurera autour des ennemis probables de la sécurité nationale, autour des valeurs que défendent nos représentants démocratiques, autours de réformes qui attaqueront certes un peu nos libertés individuelles mais dont on voit l’absolue nécessité.

  1. La qualification terroriste est donc profitable au politique : elle augmente le capital-sympathie des citoyens à l’égard du pouvoir en place. Ce faisant, elle crée un contexte propice à la mise en place de lois sécuritaires et de procédures liberticides. De plus, elle détourne de l’attention citoyenne les problèmes socio-économiques.
  2. La qualification terroriste est bien sûr aussi profitable aux médias. Outre de hauts indices d’audience qu’ils peuvent maintenir par un story-telling de tension continue, ils renforcent leur accointance avec le pouvoir politique à grands renforts de débats et d’interviews augmentant la visibilité des acteurs auto-proclamés de la lutte pour notre sécurité.
  3. Bien sûr, la qualification terroriste est grandement profitable aux mouvements tels qu’Al Quaïda ou EIIL qui peuvent, à peu de frais, mettre leur imprimatur sur des actes qu’ils n’ont ni planifiés ni financés ni commis. Ils acquièrent un gain d’autorité sur les populations qu’ils asservissent ainsi qu’une personnalité symbolique internationale.
  4. Enfin, la qualification terroriste offre une plus-value à ceux qui commettent les actes et qui peuvent transformer un acte de violence ordinaire en geste politique. La formule de l’anthropologue Alain Bertho4 ne dit rien d’autre : « Nous n’avons pas affaire à une radicalisation de l’Islam, mais plutôt à une islamisation de la révolte radicale (…) Le djihadisme, c’est une façon de mettre un sens à une révolte désespérée. »

Alessandro Baricco5 a expliqué que ceux qui ont construit la mondialisation sont ceux qui en profitent le plus, et que cette construction reposait sur des fictions dont la force leur a donné souffle et vie. En imaginant des moines zen connectés à Internet, nous avons créé des moines zen connectés à Internet. De même, en développant une fiction d’Islam radical à l’attaque de nos valeurs occidentales, nous en faisons une réalité. Victor Hugo résume cela d’une formule mille fois démontrée : « À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel. »

En aval (et non pas en amont) se trouve EIIL qui, dans un Irak et une Syrie que nous démocraties occidentales ont dévastés, se posent en conquérants et en porteurs de sens. Chaque fois que nous crions « Attentat djihadiste ! », eux envoient une revendication. Et chacun, de son côté, profite de cette logique absurde qui se nourrit de notre tragique et éperdue recherche de sens.

Plus encore, la qualification terroriste est une arme infiniment plus puissante que le terrorisme : elle ne meurtrit pas les chairs mais engourdit et conforme les esprits. Elle fait partie intégrante d’un mécanisme de ségrégation sociale fondé non sur l’accroissement du capital mais sur la capacité de chacun de décoder le monde.

Ce qui est sans doute le bien le plus précieux de tout homme libre.

 


  1. Wikipedia
  2. Le djihad est principalement une lutte purificatrice contre le Mal, principalement en soi-même. Le djihad de l’épée (pour reprendre la distinction d’Averroès, n’est généralement pas considéré comme une obligation et doit respecter des règles très précises comme le respect des prisonniers, des femmes, enfants et vieillards, et l’interdiction de mutiler – donc décapiter – les corps). Le fait que tant EIIL que nos démocraties ne s’encombrent pas de ces détails laisse entrevoir un intérêt commun à redéfinir ce qu’est le djihad.
  3. Manuel Valls, 28 juin 2015 (suite au fait divers de Saint-Quentin-Fallavier).
  4. Bertho, Alain. Une islamisation de la révolte radicale. (regards.fr, 11 mai 2015)
  1. Barisso, Alessandro. Next, petit livre sur la globalisation et le monde à venir. (Paris : Albin Michel, 2002)
Alain Van Kerckhoven

Andalousie #5

Un jour peut-être, un homme regardera l’horizon – il importe peu que ce soit de cette planète ou d’une autre – et se dira : « Voilà, c’est fini. » Son regard sera le dernier.

Peut-être pensera-t-il aux symphonies et aux fresques, peut-être à une ritournelle et au parfum d’une friandise. Peut-être pensera-t-il à ses combats ou à la chair aimée. Peut-être ne sera-il que dans le présent, à regarder l’horizon comme je le fais, sans regret ni espérance.

 

Andalousie #4

Andalousie

Nous marchons sans trop savoir où nous allons, poussés par le soleil, attirés vers l’ombre, dans une recherche d’équilibre tellement présente qu’elle échappe à notre conscience.

Et puis nous nous retrouvons là, dans un lieu, dans une posture que nous n’avons pas vraiment choisies, nous demandant comment notre quête d’harmonie nous a conduit à tant de singularité.

Andalousie #3

Lorsque nous créons un objet, nous l’imaginons souvent préservé des effets de l’âge. Pourtant, c’est la façon dont les contraintes de la physique et de la chimie le feront vieillir qui lui confèreront la noblesse ou l’oubli.
La rouille du monde est sa mémoire, son éclat est sa perte.

 

Andalousie #2

Andalousie

Sur les toits andalous s’étendent avec une lenteur souveraine des colonies de lichen. Les vivants recouvrent les morts, insensibles aux vents et aux formes de vies plus fugaces qui s’invitent le temps d’un été.

Moi, je ne suis là qu’une soirée infime, goûtant un Sin Palabras frais et minéral face à l’Alhambra immuable, et surplombant Granada où quelques milliers d’hommes s’échinent à justifier le sens qu’ils ont cru trouver à leur vie.

Andalousie #1

Andalousie

Dans le labyrinthe d’El Albaicin, quand se sont tus les oiseaux et les enfants, notre seul guide est une lune rouge, fixe et massive, posée là pour mille ans par les fils des fils d’Umayya ibn `Abd Shams.

Anamnèse (réduction chant-piano) est sorti.

AnamnèseLa réduction chant d’Anamnèse (originellement pour chœur mixte et orchestre à cordes) est disponible aux Éditions Delatour (France)

Écrite en collaboration avec le compositeur belge Michel Lysight, cette pièce s’ouvre sur une basse obstinée de six notes en valeurs régulières ; les différents pupitres de l’orchestre construisent sur cette basse un choral sur lequel se greffent progressivement deux motifs mélodiques énoncés par les voix du chœur. Le premier motif est chanté en canon à trois parties par les sopranos, altos et ténors tandis que seules les basses chantent le deuxième.

Le texte est né du constat que les six camps d’extermination nazis de la seconde Guerre Mondiale furent bâtis en Pologne. Ce fait historique, en contradiction avec le souci de rendement et d’optimisation des concepteurs de la Shoah, n’a jamais reçu d’explication satisfaisante. L’auteur imagine le questionnement de descendants polonais sur le rôle de leurs parents dans l’une des plus grandes entreprises de déshumanisation de l’histoire.

Chaque voix chante son propre texte, indépendamment des autres, incarnant d’abord l’horreur des prisonniers, puis celle, à quelques générations de distance, des jeunes Polonais découvrant l’histoire. Furtivement, ces voix individuelles convergent vers les mêmes sonorités, les mêmes mots et la même conscience.

La musique, très lyrique et expressive lorsque le texte énonce des paroles de prisonniers, devient nettement plus distanciée et froidement rythmique dans la partie centrale, au moment où le chœur égrène systématiquement les noms de chaque camp, comme pour en évoquer la totale déshumanisation. La dernière partie voit s’inverser les rôles de l’orchestre et du chœur : ce dernier chante le choral du début tandis que les deux motifs mélodiques sont joués par l’orchestre jusqu’à ce que le silence survienne abruptement.

Schaerbeek #3

Schaerbeek

Le craquement de la branche morte, le glissement de la semelle sur la boue prise par le gel. Le pouls de la ville ne parvient plus jusqu’ici. Seule la lente respiration du monde.

« Attends-moi, ça glisse ! » Elle semble s’accrocher à son parapluie. L’escalier forestier n’en est pas un. Impératif de l’équilibre.

Rien n’est ce qu’il semble être. Ceux qui l’ignorent évitent ce lieu.

 

Schaerbeek #2

Les voies ferrées sont des blessures apaisées, des cicatrices qui lient la ville à la campagne.

De part et d’autre des lignes d’acier s’étale un monde délaissé par les hommes et reconquis par une nature hésitante. Zones marécageuses, entourées d’herbes dures et d’arbres noirs, rongeurs furtifs, batraciens inquiets, nids délaissés.

Nous sommes dans un paysage que des milliers de personnes ignorent chaque jour, depuis le confort relatif de leur voiture de chemin de fer. Nous sommes dans un blanc sur la carte, et au-dessus de nos têtes un groupe de ramiers s’envole bruyamment, faisant claquer leurs ailes comme des voiles.

 

Japan

Shirakawago

Japan

Dans le village de Shirakawago, rien ne cherche à briller et toute quête de raffinement serait obscène.

La tasse sur la table est terreuse. Sa texture mêle volutes et concrétions. Ce sont les lentes épousailles d’un gris de plomb avec un brun crayeux qui, par endroits, accueillent quelques vagues traces ocre. Le thé que l’on y verse rappelle la vieille paille par sa couleur mais son odeur est celle de l’herbe après un orage d’été.

Quel est le lien entre ce bol et le portique froid de la rame de métro tokyoïte ? Répondre à cette question est comprendre le Japon.

 

Tokyo #7

Japan

Nulle part la mathématisation de l’humain n’apparaît plus clairement qu’ici.

Nous nous rêvons si différents. Nous le sommes si peu. Dans la population humaine, quelle que soit la variable considérée, l’écart-type est infime.