Actualités
Mon actualité et mon carnet de voyage s’entremêlent désormais.
Ce dernier est fait d’impressions instantanées, capturées par un Fujifilm et parfois aussi rédigées sur le moment dans un petit carnet de notes.
Jersey 2010
La Complainte des esclaves : Création mondiale
Création mondiale de la Complainte des esclaves, plaisanterie musicale pour choeur d’enfants et piano, co-écrite en 2010 avec le compositeur Michel Lysight.
Les esclaves de cette courte pièce humoristique sont bien entendu les jeunes choristes, suppliant leur chef de chœur de ne plus jamais leur donner à chanter de musique contemporaine. La musique est un clin d’œil pastichant les grands classiques, tout en conservant la touche personnelle du compositeur.
Le concert aura lieu le 15 avril 2010 à Paris par Les jeunes voix du Conservatoire Darius Milhaud sous la direction de Cécile Lana Martin, avec Adrien Pornet, Léo Bachelet (percussions) et Vincent Pouderoux (flûte).
Heurs et Malheurs des majuscules de titre
1. Seul le premier mot d’un titre d’œuvre ou de périodique prend une majuscule initiale, exception faite des noms propres.
À la recherche du temps perdu
1.1. Si le titre est composé seulement d’un adjectif qualificatif suivi d’un substantif, le substantif prend également une majuscule.
Tristes Tropiques (mais : Mon oncle)
1.2. Si le titre est composé seulement de deux substantifs successifs, chaque substantif prend une majuscule.
France Soir
1.3. Si le titre est composé seulement de substantifs énumérés ou mis en opposition (« et », « ou »), chaque substantif prend une majuscule.
Guerre et Paix (mais : Être et avoir)
1.4. Si le titre commence par un article défini (« le », la, « les ») et qu’il ne constitue pas une phrase verbale, le premier substantif prend une majuscule, ainsi que tout adjectif ou adverbe précédant.
Les Très Riches Heures du duc de Berry
1.5. Si le titre est constitué de substantifs énumérés ou mis en opposition (« et », « ou »), chaque substantif prend une majuscule, ainsi que les adjectifs qualificatifs ou adverbes éventuels les précédant.
La Belle et la Bête
2. En cas de sous-titre ou de titre double, les principes précédents s’appliquent à chaque partie (seule exception : si le sous-titre commence par un article défini, cet article prend exceptionnellement une minuscule initiale).
Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile
Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl
3. Les titres prennent une minuscule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre. En particulier, les substantifs madame, mademoiselle et monsieur s’abrègent en Mme, Mlle et M. au singulier et en Mmes, Mlles et MM. au pluriel, sauf lorsqu’ils constituent le premier mot du titre. Lorsqu’ils sont écrits au long, ils prennent une minuscule sauf lorsqu’ils sont placés en début de titre.
Le Voyage de M. Perrichon
Monsieur de Pourceaugnac
Les Quatre Filles du docteur March
La Faute de l’abbé Mouret
4. Quand l’auteur a clairement choisi une typographie originale, il est généralement préférable de la respecter si cette graphie est justifiée et ne nuit pas aux requêtes.
eXistenZ
Ah oui, un petit détail encore : les majuscules accentuées ne perdent pas leur accent. Cette coupable pratique trouve son origine dans les processus de composition de textes à base de caractères mobiles qui n’offraient guère de place pour les accents des haut de casse. L’erreur a donc été longtemps tolérée en raisons de difficultés techniques. [4]
L’informatique ayant résolu le problème, il n’y a plus aucune excuse à commettre cette faute, source de tant de « JAURES ASSASSINE ! » et autres « LE PRESIDENT CHAHUTE A L’ASSEMBLEE ! »
avk
Sources
[1] Lexique Des Règles Typographiques En Usage à L’imprimerie Nationale. Paris : Imprimerie nationale, 2002.
[2] Abrégé typographique à l’usage de la presse. Paris : CFPJ, 1997.
Les Chants de Casanova : Création française
Création française des Chants de Casanova, large fresque sous forme de cantate pour contralto, choeur mixte et orchestre co-écrite en 2009 avec le compositeur Michel Lysight.
La création française aura lieu au lendemain de la création mondiale à Bruxelles : le 30 janvier 2010 à Lille par Les Choeurs de l’Université Catholique de Lille.
De part et d’autre des 2.000 watts
La mesure semble drastique puisque l’Européen brûle actuellement 6 000 W/an et l’Américain… le double! Il faut donc diviser respectivement leur consommation par 3 et par 6. Établir si la chose est réaliste ou non est pour le moins délicat, mais nous pouvons toutefois nous livrer à quelques calculs.
Tout d’abord, quelques règles de trois. Le United States Census Bureau nous apprend que les États-Unis possèdent actuellement 307,894 millions d’habitants (disons 308 millions), soit 4,5% de la population mondiale : 6,796 millions. Et selon Wikipédia, nous sommes actuellement 731 millions d’Européens.
Ce qui nous mène au tableau suivant.
| Région | Population
(millions) |
Moyenne actuelle
(W/an/personne) |
Consommation
(GW annuels) |
| U.S.A. | 308 | 12 000 |
3 696 |
| Europe | 731 | 6 000 | 4 386 |
| U.S.A. + Europe | 1 039 | 7 778 | 8 082 |
| Monde | 6 796 | 2 000 | 13 592 |
| Monde-(USA+Europe) | 5 757 | 957 | 5 510 |
Les pays « non riches » auraient donc une consommation annuelle moyenne de près de 1 000 W/personne. Bigre, je m’étais donc fait des idées avec toutes ces images de gosses affamés et de populations déportées. Et cela donne quoi en équivalent pétrole? 2 700 litres / 2 000 * 957 = 1 292 litres de pétrole, soit trois litres et demi par jour et par personne. Bon, c’est moins que nous mais c’est moins grave que je pensais. Bonne chose!
Mais voilà qu’un doute me traverse. La lecture du site zurichois m’avait conduit à accepter l’équation « Pays riches = USA + Europe ». Mais le Japon, le Brésil, le Vénézuela, la Chine. Ne doivent-ils pas entrer dans la balance? D’autant que les États-Unis ne représentent que 4,5% de l’humanité souffrante. D’accord, la plus grande surface des ces pays est peuplée de gens dont la principale consommation énergétique se résume au travail musculaire, mais passer au blanc des villes comma Caracas, Sao Paulo ou Hongkong ne peut se faire sans un examen préalable. D’autant qu’il me semble bien qu’elles constituent des économies émergentes qui vont peser de plus en plus lourd.
Et puis il y a aussi le Canada, et l’Australie. Bon, je sais bien, ce sont des coins un peu bizarres mais on ne va tout de même pas les exclure en raison de leurs gastronomies douteuses et de leurs accents impossibles.
Bien, l’infatigable Wikipédia va nous aider à dresser un tableau des villes avec lesquelles il faut sans doute compter :
| Ville | Pays | Population |
| Tokyo–Yokohama | Japan | 34,670,000 |
| Seoul–Incheon | South Korea | 19,660,000 |
| São Paulo | Brazil | 19,505,000 |
| Mexico City | Mexico | 18,585,000 |
| Osaka–Kobe–Kyoto | Japan | 17,310,000 |
| Shanghai | People’s Republic of China | 14,655,000 |
| Shenzhen | People’s Republic of China | 14,230,000 |
| Buenos Aires | Argentina | 12,925,000 |
| Beijing | People’s Republic of China | 12,780,000 |
| Guangzhou–Foshan | People’s Republic of China | 11,850,000 |
| Rio de Janeiro | Brazil | 11,400,000 |
| Istanbul | Turkey | 11,330,000 |
| Nagoya | Japan | 9,285,000 |
| Tianjin | People’s Republic of China | 8,340,000 |
| Johannesburg | South Africa | 7,500,000 |
| Hong Kong | Hong Kong, China | 7,000,000 |
| Kuala Lumpur | Malaysia | 5,715,000 |
| Riyadh | Saudi Arabia | 4,650,000 |
| Singapore | Singapore | 4,485,000 |
| Porto Alegre | Brazil | 3,495,000 |
| Durban | South Africa | 3,195,000 |
| Cape Town | South Africa | 3,175,000 |
| Jeddah | Saudi Arabia | 3,115,000 |
| Salvador | Brazil | 3,100,000 |
| Caracas | Venezuela | 2,645,000 |
| Dubai | United Arab Emirates | 2,335,000 |
| Fukuoka | Japan | 2,245,000 |
| Kuwait City | Kuwait | 2,190,000 |
| Brasília | Brazil | 2,185,000 |
Nous pourrions continuer (Moscou etc.) mais arrêtons-nous déjà ici : en ajoutant le Canada et l’Australie, nous avons atteint une population plus large que celles des U.S.A : 339 millions d’habitants!
Que consomment tous ces gens? L’absence de données précises nous impose une certaine audace L’épatant Gapminder nous confirme graphiquement que la consommation énergétique est fortement corrélée au revenu moyen. Et, à titre d’exemple, Tokyo est la ville la plus riche du monde. Osaka est en 8e position, suivie par Séoul et Mexico City. Hongkong est en 13e position, Buenos Aires en 16e et Singapore en 18e tandis que Vienne n’arrive que cinquantième. Nous pouvons donc estimer sans trop de risque que ces populations brûlent au moins autant d’énergie que l’occidental moyen, soit 7 778 W/an. Adoptons donc cette valeur de travail.
Nous pouvons maintenant insérer une nouvelle ligne dans notre tableau.
| Région | Population
(millions) |
Moyenne actuelle
(W/an/personne) |
Consommation
(GW annuels) |
| U.S.A. | 308 | 12 000 | 3 696 |
| Europe | 731 | 6 000 | 4 386 |
| U.S.A. + Europe | 1 039 | 7 778 |
8 082 |
| oubliés de Zurich | 339 | 7 778 | 2 637 |
| Monde | 6 796 | 2 000 | 13 592 |
| Populations pauvres | 5 418 | 487 | 2 637 |
Et bien voilà : les pauvres sont deux fois plus pauvres que ne le laissait entendre le tableau zurichois (et sans doute plus encore, les hypothèses ayant été réalisées a minima.)
Quelle est la conclusion de cette histoire? Je ne savais pas très bien comment l’amener et vous remercie de me poser la question. J’en vois en fait plusieurs.
- Même avec les meilleures intentions du monde, grossir le trait à des fins de communication peut avoir des effets pervers qui faussent l’analyse et peuvent mener à adopter des stratégies qui ne sont pas nécessairement les meilleures. Comme me répétait mon prof de biologie : « De la précision, sinon c’est la catastrophe! »
- Le modèle selon lequel l’Europe et l’Amérique sont les deux poles de la richesse mondiale est dépassé, et le sera de plus en plus.
- L’écart entre les gros consommateurs d’énergie et les petits est de 1/25 et non de 1/12.
Alors, il serait à l’évidence très utile que les gros consommateurs modèrent quelque peu leur goinfrerie énergétique. Mais il est au moins aussi indispensable que les exclus de la gabegie puissent avoir accès à plus : il n’y a pas de développement durable sans énergie.
Il me semble fondamental d’intégrer cette donnée à l’équation, comme il me semble indispensable de coupler la démarche écologique à une réflexion humaniste.
Pourquoi ne pas le faire en imaginant un mécanisme de solidarité assez simple?
Le Système européen d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre est devenu un marché très spéculatif mais aussi un peu honteux. L’instauration d’une taxe sur ces opérations offrirait la possibilité de financer l’installation d’éoliennes, de petites centrales hydroélectriques ou de capteurs solaires à destination de populations pauvres. J’imagine qu’elle serait aussi de nature à redorer quelque peu l’image des spéculateurs.
Bref, un Plan Marchall énergétique alimenté par la spéculation sur les droits d’émission.
Sources
Les Chants de Casanova : Création mondiale
Création mondiale des Chants de Casanova, large fresque sous forme de cantate pour contralto, choeur mixte et orchestre co-écrite en 2009 avec le compositeur Michel Lysight.
Vaste fresque en un Prélude et sept Chants, l’œuvre fait la part belle à l’expression et au lyrisme, mais également à l’écriture minimaliste caractéristique du compositeur. Les chœurs sont tantôt traités en homorythmie, scandant tous le même texte sur un rythme plus ou moins identique, tantôt en écriture plus complexe mêlant mélodies et textes différents, ou encore intégrés dans l’orchestre de manière plus instrumentale. Le soliste, contreténor ou baryton, incarne Casanova dans deux grands airs où les instruments dialoguent avec lui, apportant un commentaire musical au texte chanté. L’orchestration, élément fondamental de la pièce, a été particulièrement élaborée afin d’offrir un changement permanent d’images et de couleurs sonores. Enfin, le final voit le retour de nombreux éléments des différentes parties, les superposant dans une écriture contrapuntique virtuose.
Le nom de Casanova alimente depuis deux siècles d’épais fantasmes qui en masquent le vrai visage. Homme des Lumières, de culture et d’intelligence, amoureux sincère et avide de liberté, Casanova s’offre à la vie, à l’amour et au monde sans exiger autre contrepartie qu’un plaisir voluptueux et partagé. Il enseigne par le seul exemple de sa conduite un art de vivre qu’il conçoit comme condition nécessaire (peut-être suffisante?) au bonheur. Les Chants de Casanova sont nés d’une image précise. Jeté par un pouvoir arbitraire dans les Plombs de Venise, Casanova se plonge dans La Divine Comédie de Dante et rêve le destin qu’il vivra ensuite. Il survit à cette épreuve en donnant à sa liberté confisquée le visage d’une Europe dont il sera le plus avide voyageur.
La création mondiale aura lieu le 29 janvier 2010 à Bruxelles par Les Choeurs de l’Union Européenne, Les Choeurs et l’Orchestre du Conservatoire royal de Bruxelles et Le Cercle Choral Européen.
Asterion
Trois facteurs interdépendants concourent à l’expliquer : la technologie, la complexité et l’économie.

par George Frederic Watts
1. Parmi tous les outils d’acquisition de connaissance que j’utilise quotidiennement, mon iPhone gère une dizaine de protocoles différents donnant chacun accès une masse informationnelle que mon esprit assimile comme infinie. Notre lecture devient rapide, nous rebondissons de texte en texte, suivant un fil indéfini qui s’estompe un peu plus à chaque rebond. Nous en dégageons des impressions floues et avons de plus en plus de mal à synthétiser ce que nous avons retenu de cette immersion.
Sur le plan social, la situation est encore pire : notre société occidentale rend les outils d’édition et de partage accessibles à chacun, mais sans ces outils complémentaires que sont le respect du texte, le transfert des références, la vérification des sources, l’examen de la pertinence. On flashe? Un clic et c’est envoyé. Et chacun de ces envois contribue un peu plus à noyer l’information porteuse du savoir originel, le texte de référence.
À force de transmissions partielles, de commentaires, de copier-coller, de négligences volontaires ou non, la distance entre l’information et la connaissance s’est creusée.
2. L’effondrement du modernisme ne peut s’expliquer que par l’irréductible complexité du monde. Il y a deux générations, nous vivions dans un monde infini dont nous pensions pouvoir maîtriser les paramètres fondamentaux. Aujourd’hui, nous nous heurtons à la finitude des ressources et à notre incapacité à dresser des modèles fiables à court terme d’éléments aussi importants que la météo, les populations de poissons ou la finance mondiale.
Nous sommes donc résignés, dans le meilleur des cas, à des politiques de très courts termes, à des actions purement locales ou à des options très aléatoires.
3. Cette confusion informationnelle et ces limitations décisionnelles se révèlent être des sources de profits importants pour de nombreux groupements d’intérêts. Les enjeux dégagés par les domaines de l’environnement ou des nouvelles technologies impliquent directement les modèles socioéconomiques planétaires, et sont d’une importance capitale tant pour les ONG que pour les multinationales ou les entités politiques. Ces derniers utilisent le nuage de fumée qu’est devenue l’information afin d’atteindre leurs objectifs, et la difficulté de modéliser certains phénomènes complexes rend difficile la réfutation de leurs politiques.
Pourtant, portés par leur optimisme, certains vont trop loin et propagent des informations facilement réfutables. Certains camouflent des positions idéologiques par un maquillage pseudo-rationnel ou, au contraire, masquent par la séduction facile des constructions vouées à l’échec.
L’objectif de ce blog est de contribuer à favoriser l’accès à la connaissance de notre monde, des principaux problèmes qu’il traverse et des solutions envisagées. Nous voulons donner des clés pour ouvrir les portes et des masses pour abattre les murs. Pour cela, nous n’avons pas d’autre choix que d’être ambitieux. C’est pourquoi nous ne pouvons pas négliger ce sans quoi rien ne vaudrait la peine de continuer : la beauté et le plaisir.
Nous pensons que la raison peut s’exprimer sans étouffer la passion, ni la passion la raison.
Nous pensons que la sensibilité et l’intelligence doivent guider nos démarches.
Nous pensons même que c’est la seule façon de s’en sortir.
Le Nu sans dessus dessous
Participation prochaine à l’exposition Le nu sans dessus dessous organisée par la La Fabrik (Rue Pierre-Joseph Antoine, 79 à 4040 Herstal) du vendredi 8 mai au samedi 16 mai 2009.
- Vernissage le 9 mai à 19h00.
- Vernissage de clotûre le 16 à 19h00
- Ouvert les autres jours de 10h à 12h00 et 13h30 à 18h00.
Pour une archéologie émotionnelle
Au catalogue des émotions disparues figure la Ferrea Voluptas (volupté de fer) de Pétrarque, qui disparut sans doute avec le latin. La perversion d’aujourd’hui se teinte d’aspects moraux, éthiques et médico-légaux. La Ferrea voluptas est tout aussi dure, mais moins pesante et plus libre.
Autre absente, l’acédie était tellement répandue au VIe siècle que l’Église envisagea d’en faire le huitième péché capital. C’était une démotivation spirituelle, un sentiment d’« à quoi bon » lié à l’objet religieux, un estompement de la foi, un relâchement de la ferveur. Certains psychologues contemporains la remettent au goût du jour, mais dans une acception beaucoup plus large : l’acédie du chômeur par exemple.
J’ai un faible particulier pour la dubitation : le plaisir subtil d’échapper à la réponse directe, de faire durer la douce tension née du questionnement.
Certaines émotions sont-elles actuellement menacées d’extinction ? J’éprouve quelque crainte pour le scrupule (petite pierre pointue dans le cerveau, selon les Latins) ou la magnanimité.
Je me souviens aussi du terrible et puissant sentiment d’egrégore, fusionnant les ressentis individuels en une énergie de groupe. Lui, c’est autre chose, il semble tellement présent lors de certains rassemblements politiques, sportifs, évangéliques ou encore de télé-réalité que seul le mot qui le désigne tombe dans l’oubli.
Zimbabwe et confusions numériques
En mai dernier (2008), les planches à billets zimbabwéennes sortaient une coupure de 250.000.000 ZWD, signe d’une hyperinflation estimée en juin à 9.030.000%. Dans l’hypothèse où ces chiffres veulent encore dire quelque chose, c’est-à-dire qu’il existe un marché pour une telle monnaie, 1 USD = 40.000.000.000 ZWD.
- 1983 : USD $1 = ZWD 1$
- 2000: USD $1 = ZWD 1,000$
- 2006: USD $1 = ZWD 100,000$
- 2006: USD $1 = ZWD 500,000,000$
- 2008: USD $1 = ZWD 18,700,000,000$
Ancienne colonie anglaise, le Zimbabwe a gardé l’anglais comme langue officielle, ce qui ne facilite pas les choses lorsque l’on manipule quotidiennement des sommes dépassant le milliard.
En français, les choses sont relativement simples :
- un milliard = 1.000 millions (10**9) ;
- un billon = 1.000 milliards (10**12) ;
- un trillion = 1.000.000 billions (10**18) ;
- etc.
Notons toutefois que beaucoup de gens pense que milliard est le synonyme populaire de billion, faisant ainsi une erreur d’un facteur 1.000.
En anglais, la confusion est encore bien pire, ainsi que l’explique l’excellent Neil Minkley. La signification d’un terme tel que billion varie selon le type d’anglais (British ou American), mais aussi selon le dictionnaire considéré.
Ainsi, selon le Harrap’s Unabridged, « trillon » pourra être compris par un anglophone comme 10**12 (Anglais) ou comme 10**18 (Américain) :
Français British English American English
milliard billion billion
billion trillion trillion
trillion trillion quintillion
tandis que pour le Grand Dictionnaire Hachette-Oxford, « trillion » est ambigu pour les Américains et « billion » est ambigu pour les Anglais :
Français British English American English
milliard billion billion
billion billion trillion
trillion trillion trillion
En fait, les deux usages sont permis selon que l’on considère une short-scale acception ou une long-scale acception (laquelle intègre aussi billiard et trilliard). Mais il ne semble guère exister de convention permettant de trancher.
Pensée émue pour tous les Zimbabwéens qui se trouvent en aval de la planche à billets, et plus particulièrement pour les comptables.
avk
Sources :
Anglais pratique (Neil Minkley)
Les raisonnements fallacieux
Pratiquer la mauvaise foi est un art et une science qui dispose d’une large palette d’outils. D’où la nécessité de ce petit essai de typologie des raisonnements fallacieux.
Le point sur les guillemets
Bref, c’est le genre de chose que l’on n’apprend pas à l’école et dont on se dit avec raison que son ignorance ne nous empêchera pas d’atteindre le bonheur.
Ce n’est donc pas sur la voie du bonheur que ce petit billet devrait vous mener, mais sur celle, plus escarpée, de la perfection. Ce qui n’est pas mal non plus. En prime, l’usage d’une typographie correcte a des avantages épatants :
- Renforcement des habitudes (et dès lors plus grande fluidité) de lecture et d’écriture ;
- Cohérence des textes et simplification des processus d’édition ;
- Atténuation des situations confuses ;
- Adoption d’une esthétique typographique conçue dans le respect des règles.
1. Les acteurs en présence
- Les guillemets français (ou typographiques) sont comme « ceci ».
[guillemet gauche Unicode U+00AB ;
guillemet droit Unicode U+00BB] - Les guillemets anglais sont comme “ceci”.
[guillemet-apostrophe double culbuté Unicode U+201C ;
guillemet-apostrophe double Unicode U+201D] - Les guillemets allemands sont comme „ceci“.
[guillemet-virgule double inférieur Unicode U+201E ;
guillemet-apostrophe double Unicode U+201D] - Les guillemets droits (ou dactylographiques) sont comme « ceci ».
[guille dactylo ou guillemet droit Unicode U+0022]
2. Que veulent dire les guillemets ?
Les guillemets marquent une distance de l’auteur vis-à-vis des éléments entre guillemets. Il peut s’agir d’une citation, d’une réserve, d’une erreur ou d’un jugement avec lequel l’auteur veut marquer sa divergence.
Le cas des citations peut se révéler extrêmement complexe lorsqu’elles comportent plusieurs alinéas et/ou des dialogues. Je ne considèrerai ici que les cas simples.
3. Oublier les guillemets droits et allemands.
Simplifions le problème : on peut oublier les guillemets droits. Il s’agit d’une invention spécifique aux machines à écrire et rendue obsolète par l’informatique moderne. Ils peuvent servir à désigner des minutes, des secondes ou des pouces, mais plus jamais faire office de guillemets, excepté en programmation.
Quant aux guillemets allemands, ils ne sont jamais utilisés en français.
4. Guillemets français ou anglais ?
Toujours des guillemets français sauf en cas d’imbrication. Il est alors recommandé d’utiliser les guillemets anglais en second rang.
« Je m’en souviens bien, dit-elle, c’était écrit : “Peinture fraîche”. »
En troisième rang, l’usage de l’italique est toléré quoique les guillemets français puissent réapparaître.
« Je m’en souviens bien, dit-elle, c’était écrit : “Peinture frêche”. »
Alors que les guillemets anglais génèrent de nombreuses collisions malheureuses (L’“intelligentsia”), les guillemets français s’articulent dans le texte avec plus de fluidité puisqu’occupant l’espace d’un caractère à part entière. Ils provoquent aussi moins de ruptures dans le gris typographique.
5. Guillemets ou italique ?
Ici encore, les guillemets français sont la règle. Hormis la citation de 3e rang où son usage est toléré, l’italique doit être utilisé dans deux cas :
- La citation en langues étrangères : « My God ! » s’écria-t-elle.
- La dénotation (par opposition à la connotation marquée par les guillemets) : Le mot dénotation n’est pas facile à définir.
6. Et les titres d’oeuvres ?
Ici, l’italique est la règle. Les guillemets ne sont autorisés que lorsque l’italique est impraticable : écriture manuscrite ou dactylographique par exemple, ainsi que les emails en texte pur.
7. Quelles espaces utiliser ?
Une espace insécable doit toujours être placée à l’intérieur du guillemet français, et une espace sécable à l’extérieur. La nature de cette espace est toutefois sujette à controverse et varie de plus dans la francophonie : les usages français, canadiens et suisses divergent… les Suisses allant jusqu’à proscrire les espaces internes!
L’espace insécable Unicode étant plus large que l’espace normale, je suggère l’utilisation d’une espace fine insécable disponible en Unicode [U+202F]… tout en étant conscient de la difficulté de parfois l’implémenter : la typographie de ce billet le démontre.
Aucune espace interne n’accompagne en revanche les guillemets anglais.
8. Le point final vient-il avant ou après le guillemet final?
Les guillemets encadrent tous les éléments avec lesquels la distance est prise, y compris les signes de ponctuation. (« Oh! Tu as vu ? » me dit-elle.)
Toutefois, lorsqu’une citation termine une phrase et est elle-même une phrase complète, il y a assimilation de la ponctuation de la phrase par celle de la citation et la phrase se termine par un guillemet. (Elle me dit simplement : « Je t’aime. »)
Lorsque la citation est un enchaînement de la phrase principale, c’est la ponctuation principale qui absorbe celle de la citation. (Elle me dit que « son amour est infini ».)
Enfin, lorsque les ponctuations de la citation et de la phrase principale divergent, toutes deux sont conservées. (Elle eut le culot de me demander : « Tu ne m’en veux pas ? » !)
9. Transgresser
Eh bien oui, la typographie actuelle sort des cadres établis, entretient des rapports de plus en plus intimes avec les autres éléments de la page : illustrations, mise en page… Tout est possible à qui possède assez de talent et de métier. La barrière est ouverte, sortons du jardin.
Mais ne confondons pas transgression et ignorance!
Sources
Le Bon Usage
Oeuvrez les guillemets
Orthotypographie
Wikipedia
Richard de Guide – biographie
Ma notice biographique sur Richard de Guide a été publiée par l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, dans la Nouvelle Biographie Nationale Vol. X.
Franz Constant – biographie
Ma notice biographique sur Franz Constant a été publiée par l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, dans la Nouvelle Biographie Nationale Vol. X.
Le Lourd Bilan des biocarburants

Tillman et Fargione
Cette gabegie de CO2 trouve sa source principale en amont de la production agricole ; le pétrole, lui, est déjà produit et déjà stocké. La production de bioéthanol nécessite d’énormes surfaces de terres fertiles, et ces surfaces sont prises sur la forêt. Or, une parcelle de forêt capte toujours beaucoup plus de carbone atmosphérique qu’une parcelle de terre agricole. En outre, lors du défrichage, une partie importante du carbone défriché va se retrouver dans l’atmosphère. Si le bioéthanol, une fois dans le moteur, est effectivement un peu plus propre, une étude publiée par Joe Fargione et David Tilman dans The Nature Conservancy et par l’University of Minnesota, démontre qu’il faudrait attendre 420 ans pour que la balance du CO2 retrouve son équilibre.
La solution qui consiste à consacrer des terres agricoles aux biocarburants ne fait que déplacer le problème : les fermier américains alternaient traditionnellement la culture du maïs avec celle du soja. La demande croissante en éthanol en a convaincu de nombreux de ne plus se consacrer qu’au maïs. Résultat : pour faire face aux besoins de la planète en soja, le Brésil en est devenu le principal exportateur après avoir défriché ce qu’il fallait de forêt pour en organiser la culture.
Le bilan du bioéthanol en termes de CO2 est donc catastrophique. Il faut arrêter de donner des labels écologiques aux voitures appelant ce type de carburant. À moins qu’une solution plus réaliste n’émerge, par exemple par l’utilisation du plancton.
Un autre aspect particulièrement noir des agrobiocarburants est qu’ils font directement concurrence avec l’alimentation, particulièrement dans les pays pauvres. Le marché des aliments de base peut devenir hautement spéculatif : il y a quelques mois, le prix de la tortilla a atteint des sommets au Mexique où il constitue l’essentiel de l’alimentation, déclenchant de très importants mouvements sociaux. C’est que, désormais, le maïs mexicain se vend très bien aux firmes américaines de biocarburants.
De tels effets sont observés alors que les biocarburants ne font que commencer leur percée. Si ceux-ci continuent leur ascension, les instabilités géopolitiques, financières et sociologiques liées au pétrole nous paraîtront bien anodines.
Que nos ressources fossiles soient limitées est une évidence, mais se rabattre sur nos champs et nos forêts en guise de solution est une folie. Les forêts doivent rester des forêts pour le maintien de la biodiversité et la stabilisation du cycle du carbone. Et les champs doivent servir à nourrir les hommes.
avk
Sources
www1.umn.edu/umnnews/Feature_Stories/The_dark_side_of_biofuels.html
www.reuters.com/article/bondsNews/idUSN0715309720080207
www.radiohc.cu/espanol/comentarios/mayo07/comentario10mayo.htm
www.liberation.fr/actualite/monde/229270.FR.php
www.ecoportal.net/content/view/full/69023
Arguments créationnistes : 17 réfutations
L’Intelligent Design s’affiche de plus en plus comme une opinion respectable. Qui s’y oppose prend le risque de passer pour intolérant. Il y a quelques années, une campagne pro-tabac utilisait la même stratégie du « dos-à-dos ». Le slogan était : «Fumeur ou pas, restons courtois». Il gommait l’idée simple que l’un était l’agresseur et l’autre l’agressé. Le mécanisme est similaire ici : mettre sur un pied d’égalité un dogme et un modèle scientifique cohérent, corrélé par des faits et soumis à la critique scientifique.
Amis croyants, si vous pensez que la foi et la science ne sont pas antagonistes par nature, ce billet est pour vous…
1. C’est écrit dans la Bible.
«God’s Word is true, or evolution is true. There’s no room for compromise.» [creationmuseum]
Argument d’autorité. La Bible est un récit. De nombreux autres récits, scientifiques ou non, religieux ou non, fictionnels ou non, sont en contradiction avec divers passages de la Bible. Croire que la Bible a raison simplement parce que c’est la Bible est une conviction, par un argument.
2. Ma foi me pousse à croire le récit biblique.
Subjectivisme. La foi de nombreux chrétiens les pousse à comprendre certains passages bibliques comme des métaphores. Un argument en leur faveur est que certains passages sont compris comme métaphoriques même par les chrétiens créationnistes. Si tous les chrétiens s’accordent sur le fait que des métaphores peuvent être présentes dans la Bible, pourquoi la Genèse ne pourrait-elle être interprétée ainsi?
3. Le darwinisme diminue le rôle de Dieu.
«Darwinism rules out the possibility of God or any guiding intelligence playing a role in life’s origin and development. Within western culture Darwinism’s ascent has been truly meteoric.» [Cosmic Poursuit, William Dembski, 1998]
Diversion. Pour qui pense que Dieu a planté chaque arbre individuellement, l’affirmation qu’une entreprise de jardinage ait planté celui de mon jardin doit être blasphématoire. Le darwinisme n’est dangereux que pour l’idée d’un Dieu anthropocentrique. Il n’interfère nullement avec l’idée d’un Dieu omnipotent et omniscient.
4. Argument téléologique : la beauté et la complexité des mécanismes de la nature démontrent l’existence de Dieu.
Appel à l’émotion, non-sequitur. C’est une conviction, non un argument. Elle est parfois soutenue par les arguments du hasard ou de la complexité (voir plus loin).
5. Darwin était athée.
Discrédit, non-sequitur. Argument étrange, sauf à considérer «Païens ont tort, chrestiens ont droit.» Étrange et faux : Darwin était chrétien. Il a étudié la théologie à Cambridge. Sa théorie de la sélection naturelle date de 1838 et s’est édifiée sur base d’éléments récoltés durant le voyage du Beagle, de 1831 à 1836. Darwin ne devint agnostique qu’en 1851, suite à la mort de sa fille Annie.
6. Le darwinisme est une théorie matérialiste.
«Debunking the traditional conceptions of both God and man, thinkers such as Charles Darwin, Karl Marx, and Sigmund Freud portrayed humans not as moral and spiritual beings, but as animals or machines who inhabited a universe ruled by purely impersonal forces and whose behavior and very thoughts were dictated by the unbending forces of biology, chemistry, and environment.» [The Wedge Strategy]
Non sequitur. Cet argument n’a de poids qu’à deux conditions :
a. Il est exact (reste à le démontrer).
b. Les théories matérialistes ont toujours tort face aux théories spiritualistes. Cette démonstration est elle inutile puisque les chrétiens fondamentalistes adopte eux-même parfois une position inverse : ils croient en la transubstantiation. Pour eux, l’hostie donnée en communion n’est pas seulement investie de l’esprit du Christ mais que sa substance matérielle est réellement modifiée.
7. Le darwinisme est contredit par les dernières avancées scientifiques.
Diversion. Bien sûr, la science progresse, les théories s’affinent et se complètent. Dans son excellent blog, Tom Roud résume parfaitement l’absurdité de l’argument :
« (…) Dembski affirme que le fait que certains organismes aient des moyens de contrôler leur taux de mutation contredit le darwinisme. Autant reprocher à Galilée de ne pas avoir introduit la notion d’espace-temps ! Ce que Dembski ne reconnaît pas, c’est que la théorie de l’évolution proposée par Darwin est avant tout un cadre conceptuel : ce n’est pas parce que Darwin n’a pas anticipé les découvertes récentes de la biologie que sa théorie ne colle pas à ces découvertes.»
8. L’évolutionnisme met le hasard au centre de tout ses mécanismes. Il est impossible qu’une mécanique aussi complexe que l’homme, même que chaque cellule, soit le fruit du hasard. Un architecte est nécessaire.
Inexactitude, non-sequitur. Bien sûr, si l’on met les atomes constitutifs d’un homme dans un tonneau et que l’on secoue, il n’en sortira jamais un homme. Cet argument caricature le discours scientifique. Ce que l’évolutionnisme avance, c’est qu’une sélection naturelle s’opère au hasard. Ce hasard n’est pas totalement aléatoire puisqu’il s’opère dans le cadre étroit des lois de la logique, de la physique et de la chimie. Ces lois étant universelles, une sélection cumulative apparaît qui permet l’émergence de structures complexes.
9. Si les mutations apparaissent de façon aléatoire, comment un organe aussi complexe qu’un oeil peut évoluer? Il est clair que toutes les mutations ont convergé pour en faire une mécanique aussi complexe et parfaite.
Fausse alternative, incompréhension. Quand nous regardons en arrière le chemin qu’a parcouru l’évolution pour arriver à un organe tel que l’oeil, nous avons immanquablement le sentiment trompeur d’une évolution dirigée. C’est que nous ne voyons alors que le chemin qui a abouti. La masse fantastique d’essais infructueux nous est invisible. Cela revient à s’étonner qu’un spermatozoïde minuscule, sans organe de sens ni cerveau réussisse le miracle de franchir la distance colossale qui le sépare de l’ovule. S’il n’y avait qu’un seul spermatozoïde, ce serait bien un miracle… mais il y en a des dizaines de millions.
10. Le deuxième principe de la thermodynamique affirme que des systèmes complexes ne peuvent pas apparaître tout seuls.
Inexactitude. Ce principe énonce en fait que «Toute transformation d’un système thermodynamique s’effectue avec augmentation de l’entropie globale incluant l’entropie du système et du milieu extérieur.» Il n’implique nullement que, localement, des systèmes ordonnés apparaissent, au prix d’une augmentation de l’entropie du milieu et d’une dissipation d’énergie. De nombreux modèles validés par l’observation par l’expérience montrent que non seulement des structures complexes peuvent se former, mais en outre qu’elles peuvent se maintenir hors de l’état d’équilibre (cellules de Bénard, réactions Belousov-Zhabotinsky, travaux de Prigogine…)
11. Les évolutionniste eux-même admettent que certaines espèces n’évoluent pas.
Fausse alternative. Bien sûr. Cela implique seulement qu’elles ont atteint un seuil d’équilibre.
12. Les darwinisme a servi à justifier des crimes contre l’humanité.
Discrédit, non-sequitur. C’est exact. Récupérer une science pour asseoir une croyance religieuse, politique ou idéologique peut mener aux plus grandes monstruosités.
13. Les mutations dégradent l’organisme et ne le font pas évoluer.
Inexactitude. Si c’était le cas, les entreprises de l’agro-alimentaire n’investiraient pas tant dans les OGM. Une mutation modifie le patrimoine génétique. Parfois, cette mutation perturbe les fonctions métaboliques, provocant parfois des déficiences voire la mort de la cellule mutée. Souvent, la mutation est neutre : elle intervient dans une partie du matériel génétique non codant (introns). Plus rarement, la modification peut avoir des effets positifs. C’est là qu’intervient la sélection naturelle : un organisme ayant subi une mutation qui le renforce aura plus de chance de survivre et de transmettre cette mutation à une descendance que l’organisme ayant subi une mutation qui diminue ses chances de survie et de reproduction. C’est le mécanisme du hopefull monster par lequel une mutation favorable se transmettra plus facilement qu’une autre.
14. L’histoire de la science, et particulièrement de l’évolutionnisme, fourmille d’erreurs, de fraudes, de canulars.
Discrédit, Non sequitur. Oui, comme toute activité humaine. Elle intègre cependant des mécanismes qui ont permi de mettre ces erreurs, fraudes et canulars en lumière. La religion et la foi ne disposent pas de tels mécanismes, et ne sont guère plus préservées de la faillibilité humaine.
15. Si les fossiles sont la trace d’animaux disparus et que l’évolution est continue, il devrait exister des fossiles intermédiaires. Le fait qu’il n’y en ait pas prouve que la théorie de l’évolution est une fable.
Inexactitude. Mais il y en a, et de très nombreux dont le premier est bien sûr l’Archéoptéryx. Voir Evidence of Evolutionary Transitions de Michael Benton.
16. Pour l’homme en tous cas, impossible de parler d’évolution puisqu’il est doté de conscience. C’est donc une différence qualitative et non plus simplement quantitative qui le distingue des animaux.
Inexactitude, ambiguïté. Reste à définir cette conscience qui serait qualitativement absente du monde animal. L’on peut simplement noter que l’éthologie a mis en évidence dans le monde animal (non humain) des aptitudes et comportements tels que la conscience de soi, la capacité d’abstraction, le rire, l’amour, la fidélité, la trahison, le suicide, le langage symbolique, l’empathie, l’altruisme, la solidarité, l’utilisation d’outils, la transmission de savoir et de rituels.
17. On n’a jamais observé de mutation conduisant à une augmentation de l’information génétique.
Inexactitude. Argument spécieux : on n’observe pas les mutations puisqu’elles interviennent de façon, aléatoire, on observe leurs effets. Ceci dit, l’augmentation de matériel génétique au sein de la cellule a déjà été prouvé à diverses reprises. Le principal mécanisme est la duplication de gènes suivie de la divergence de l’une des copies. D’autres mécanismes ont été observés tels que l’endobiose par laquelle deux organismes fusionnent (d’où les mitochondries p. ex.) ou plus couramment les mécanismes rétroviraux.
Prédictions hasardeuses
«We will bury you.»
Nikita Krushchev, Soviet Premier, predicting Soviet communism will win over U.S. capitalism, 1958.
«Everything that can be invented has been invented.»
Charles H. Duell, an official at the US patent office, 1899.
«It will be gone by June.»
Variety, passing judgement on rock ‘n roll in 1955.
«This antitrust thing will blow over.»
Bill Gates, founder of Microsoft.
«It will be years – not in my time – before a woman will become Prime Minister.»
Margaret Thatcher, future Prime Minister, October 26th, 1969.
«Read my lips: NO NEW TAXES.»
George Bush, 1988.
«That virus is a pussycat.»
Dr. Peter Duesberg, molecular-biology professor at U.C. Berkeley, on HIV, 1988.
«Sensible and responsible women do not want to vote.»
Grover Cleveland, U.S. President, 1905.
«That the automobile has practically reached the limit of its development is suggested by the fact that during the past year no improvements of a radical nature have been introduced.»
Scientific American, Jan. 2 edition, 1909.
«Heavier-than-air flying machines are impossible.»
Lord Kelvin, British mathematician and physicist, president of the British Royal Society, 1895.
«Radio has no future.»
Lord Kelvin, Scottish mathematician and physicist, former president of the Royal Society, 1897.
«Nuclear-powered vacuum cleaners will probably be a reality in 10 years.»
Alex Lewyt, president of vacuum cleaner company Lewyt Corp., in the New York Times in 1955.
«Atomic energy might be as good as our present-day explosives, but it is unlikely to produce anything very much more dangerous.»
Winston Churchill, British Prime Minister, 1939.
«It’s a great invention but who would want to use it anyway?»
Rutherford B. Hayes, U.S. President, after a demonstration of Alexander Bell’s telephone, 1876.
«X-rays will prove to be a hoax.»
Lord Kelvin, President of the Royal Society, 1883.
«The phonograph has no commercial value at all.»
Thomas Edison, American inventor, 1880s.
[source]
Etretat 2007
Neuf tranches d’art
Les Tranches d’art sont une série de chroniques d’humeurs légères rédigées dans les années 90 pour le Mensa Magazine. Elles visent à déconstruire de façon amusante certains malentendus et certaines constructions qui contribuent à conférer un caractère indûment sacré à la création artistique. Les réactions qu’elles suscitèrent m’incitent à les rassembler ici :
L’Origine de la liberté
Notre expérience quotidienne nous le prouve : nous prenons des décisions pour nous déplacer, pour penser, pour agir et réagir. Nous prenons ces décisions en fonction de notre nature et de notre environnement, mais aussi en fonction de notre volonté propre. C’est cette caractéristique essentielle qui confère à l’humain son libre arbitre. Toutefois, rien dans la science ne vient conforter cette formidable intuition. Au contraire, les modèles des neurosciences et des science cognitives tendent à faire de nous des machines imparfaites, et à reléguer la volonté au rang d’illusion.
Essai sur l’ontologie du libre arbitre, L’Origine de la liberté a été publié dans Francs-Parlers 2007 par Éditions Espace de Libertés.
Un peu de l’âme des bandits
Va à la Mecque !
Bon. J’attends mon tour. La valeur d’une civilisation se mesure à la grandeur de ses épreuves initiatiques.
Le ton monte. Ce qui suit m’impose de préciser que la famille devant moi est d’origine maghrébine.
Soudain, la préposée fait un pas de côté pour me mettre en ligne de mire et m’intime :
– Qu’est-ce que je peux faire pour vous?
L’homme me regarde interloqué. Tout aussi interloqué, je demande à l’employée de finir avec ce client.
– J’ai fini avec lui!
L’homme fait un pas de côté aussi pour me laisser la place et je montre ma carte de parking inopérante. Tandis que la femme me cherche une autre carte, il précise en me souriant : “Je préfère vous laisser passer, notre affaire risque de durer un certain temps.”
Entendant cela, la femme se redresse violemment, me jette ma nouvelle carte de parking sur le comptoir et lui lance d’une voix étranglée : “Va à la Mecque, toi!”
Son visage est blanc. Elle le regarde dans les yeux. Que se passe-t-il dans l’esprit de cette petite femme aux cheveux gris? Qui voit-elle dans cette famille ou dans cet homme?
Je prends mon ticket et remercie l’homme. Sa femme et son fils se sont éloignés dans la galerie. L’employée est toujours là, tendue comme un piège, et lui relance “Alors, t’es pas parti?! Allez, vas-y, à la Mecque!”
Et lui de répondre : “Je n’irai pas cette année : dans une dizaine d’années seulement. Aller à la Mecque, j’en rêve et c’est un rêve que je réaliserai. Puissiez-vous avoir de telles rêves Madame et, au réveil, la certitude que vous les réaliserez.”
Et moi de noter cela dans mon carnet avant de nourrir le dieu parking de ma petite offrande de carton.
Tout ce qui monte converge
Vingt-et-une chroniques SF
Ces billets de science-fiction sont parus dans diverses publications confidentielles de 1994 à 1997. Ils ne constituent qu’un fragment de cette chronique qui comportait à l’origine une quarantaine de textes dont certains se sont perdus. Je ne peux feindre d’ignorer que ces textes sont largement inspirés des écrits de Jacques Sadoul, Pierre Rey ou Stan Barets et de discussions bruxelloises avec Jacques Van Herp, critiques dont j’étais à ce point imbibé qu’il est sans doute présomptueux de poser ma signature sur cette synthèse.
Écolo et pro-nucléaire
Les énergies renouvelables peuvent apporter des solutions réelles mais actuellement locales, et interviennent peu dans le bilan planétaire. J’y reviendrai prochainement.
Voici cinq éléments favorables au remplacement de l’énergie fossile par l’énergie nucléaire.
- Il suffit d’un gramme d’uranium pour produire autant d’énergie qu’une tonne de pétrole.
- Ce gramme d’uranium ne produit de 4% de déchets non réutilisables (soit 0,04 gr).
- Ces 0,04 gr de déchets sont solides, inertes et peuvent être tenus à l’écart des écosystèmes, contrairement aux énergies fossiles dont les produits secondaires sont dissipés dans l’atmosphère.
- 90% de la radioactivité de ces 0,04 gr disparaît dans les 10 ans.
- Des solutions économiquement réalistes existent pour assurer une gestion à très long terme de ces déchets. Aucune n’existe pour les déchets des énergies fossiles qui sont la cause première de la plus grande catastrophe écologique de tous les temps : le réchauffement climatique.
Quant aux dangers, il convient de ne pas les minimiser et de conforter l’indépendance des organismes de normalisation et de contrôle.
D’un autre côté, il ne faut pas négliger les corollaires directes de l’industrie pétrolière : conflits armés, soutien à des dictatures, marées noires, pollutions urbaines. L’aversion de nombreux écologistes pour le nucléaire en est la complice naïve, et mon vote pour eux devient chaque année un peu plus pénible.
Un réconfort toutefois, cette vision écologique pro-nucléaire a un partisan de choix en la personne du fondateur de l’hypothèse Gaia : James Lovelock.
Mozart, c’est gratuit !
Lettre à un ami typographe
Le souvenir perdu de Valdemar Poulsen
Le télégraphone a été inventé en 1898 par l’ingénieur danois Valdemar Poulsen. Il s’agissait d’une corde de piano sur laquelle était traîné un électro-aimant relié à un microphone. Cette corde de piano initiale, portant quelques mots de la voix de son inventeur, a disparu.
Le nom de Thomas Edison est aujourd’hui plus célèbre que celui de Poulsen. Il est vrai que le phonographe fut inventé vingt ans auparavant. En revanche, l’enregistrement mécanique a aujourd’hui disparu et la quasi-totalité des données informatiques, musiques, vidéos, et autres enregistrements se réalise sur supports magnétiques, enfants de la corde de piano de Poulsen, et non des cylindres en cire d’Edison.
Poulsen perfectionne son invention dès la première année, notamment en enroulant le câble autour d’un cylindre, ce qui la rend transportable. Il connaît des succès de foule et d’estime mais les industriels sont pour le moins réservés. Poulsen commet probablement une erreur en présentant son invention comme apte à enregistrer les conversations téléphoniques. La société AT&T prévoit que de telles possibilités sont de natures à inquiéter ses clients.
Cette association d’idée entre l’enregistrement magnétique et les indiscrétions (association à laquelle a échappé l’enregistrement mécanique) va pourtant permettre au télégraphone de survivre. À l’aube de 14-18 (vingt ans ont passé), l’armée allemande (via une filiale américaine de Telefunken et à l’insu de son inventeur) commande quelques appareils qui serviront à des fins d’espionnage. L’armée américaine découvre le pot-aux-roses et s’emploiera dès lors à surveiller de près les recherches dans le domaine de l’enregistrement magnétique.
En revanche, l’Allemagne a pu profiter de la première technologie de l’enregistrement magnétique et pousse les recherches en ce domaine. L’étape ultérieure est réalisée par Fritz Pfleumer, chimiste autrichien, en 1928… 30 ans après la corde de piano, il a l’idée de recouvrir des bandes de particules magnétiques, tandis que Kurt Stille réussit à améliorer le télégraphophone. Il est désormais possible d’enregistrer 30 minutes de musique sur un cylindre de 20 centimètres.
La BBC, dès sa création en 1931, utilisera ce procédé pour stocker les discours les plus importants. Probablement est-ce cette adoption qui consacrera l’enregistrement magnétique comme technologie d’avenir. En effet, tout va désormais s’enchaîner très vite. L’histoire de l’enregistrement magnétique va s’entrelacer avec l’histoire des hommes de façon de plus en plus intime jusqu’à en infléchir épisodiquement le cours.
La gestapo enregistrera ses interrogatoires, les cassettes audio permettront à tout un chacun d’enregistrer aussi facilement que l’on fait une photo de vacances, des bandes magnétiques feront tomber un président américain, des lois règlementeront le stockage des données et, aujourd’hui, les supports magnétiques contiennent plus d’information que tout autre, malgré la concurrence encore timide du stockage optique.
L’on en vient à penser que le cerveau humain est aussi un support magnétique et qu’il est regrettable que ce dernier ne puisse pas communiquer de façon plus directe avec ses petits frères à base de ferrite ou de silicium… « Ce qui ne fut pas sera, prévient Haldane, et il poursuit : Et personne n’est à l’abri. »
Incompetent Design
Utilisant habilement un relativisme absolu du genre « fumer ou pas, restons courtois » (sous-entendant donc que fumer n’est pas discourtois en soi), ses défenseurs luttent pour que l’Intelligent Design soit enseigné sur pied d’égalité avec le néodarwinisme.
Les arguments avancés ne tiennent pas la route dans le milieu scientifique où il est assez simple de leur tordre le cou. Toutefois, le problème n’est pas de convaincre les scientifiques, mais les politiques (qui votent les lois) et le grand public (qui élit les politiques). Et là, le néodarwinisme s’avère nettement moins sexy que l’Intelligent Design.
Pour lutter pied à pied dans des conversations de salon, il devenait donc nécessaire de construire une communication adaptée. C’est chose faite avec l’Incompetent Design.
Voici quelques arguments montrant que ce Design n’est pas aussi Intelligent que cela :
– Nos bouches sont souvent trop petites pour contenir toutes nos dents, et nombre d’entre nous doivent s’en faire extraire plusieurs. Soit nous avons évolué depuis un être qui avait un museau plus long, soit celui qui nous a créé s’est trompé dans ses plans!
– Nos sinus sont très mal drainés, compressés entre les os faciaux et notre boite crânienne. Notre cerveau est-il plus gros que celui de notre créateur, ou ce dernier s’est-il à nouveau gouré?
– Notre bassin est orienté pour marcher à quatre pattes comme les grands singes, c’est pourquoi notre colonne vertébrale doit se tordre pour nous permettre de tenir debout. Le créateur était-il sadique ou complètement saoûl?
etc. etc.
Anamnèse est édité.
Anamnèse, pour chœur mixte et orchestre à cordes, est désormais disponible aux Éditions Delatour (France).
Écrite en collaboration avec le compositeur belge Michel Lysight, cette pièce s’ouvre sur une basse obstinée de six notes en valeurs régulières ; les différents pupitres de l’orchestre construisent sur cette basse un choral sur lequel se greffent progressivement deux motifs mélodiques énoncés par les voix du chœur. Le premier motif est chanté en canon à trois parties par les sopranos, altos et ténors tandis que seules les basses chantent le deuxième.
Le texte est né du constat que les six camps d’extermination nazis de la seconde Guerre Mondiale furent bâtis en Pologne. Ce fait historique, en contradiction avec le souci de rendement et d’optimisation des concepteurs de la Shoah, n’a jamais reçu d’explication satisfaisante. L’auteur imagine le questionnement de descendants polonais sur le rôle de leurs parents dans l’une des plus grandes entreprises de déshumanisation de l’histoire.
Chaque voix chante son propre texte, indépendamment des autres, incarnant d’abord l’horreur des prisonniers, puis celle, à quelques générations de distance, des jeunes Polonais découvrant l’histoire. Furtivement, ces voix individuelles convergent vers les mêmes sonorités, les mêmes mots et la même conscience.
La musique, très lyrique et expressive lorsque le texte énonce des paroles de prisonniers, devient nettement plus distanciée et froidement rythmique dans la partie centrale, au moment où le chœur égrène systématiquement les noms de chaque camp, comme pour en évoquer la totale déshumanisation. La dernière partie voit s’inverser les rôles de l’orchestre et du chœur : ce dernier chante le choral du début tandis que les deux motifs mélodiques sont joués par l’orchestre jusqu’à ce que le silence survienne abruptement.
Autoréférences éboui(ssant)es
A est la première, sixième, trente-huitième, quarantième, cinquante-deuxième, soixante-huitième, quatre-vingt-deuxième et cent trentième lettre de cette phrase.
Autoréférences, palindromes, ambigrammes, pangrammes et autres lipogrammes tiennent compagnie à un ébloui bestiaire des lexies tératoïdes sur l’indispensable site web dont l’autoréférente adresse URL est http://www.cetteadressecomportecinquantesignes.com/.
Bon, je vous en cite encore un petit passage à propos des « mots les plus longs »:
« …/ En français, anticonstitutionnellement semble tenir la corde. On trouve pourtant dans le Grand Robert (en neuf volumes) le verbe déconstitutionnaliser lequel fait au subjonctif déconstitutionnalisassions et au conditionnel déconstitutionnaliseraient : 26 lettres, soit une de plus que notre adverbe préféré.
Plus loin, en cherchant à la lettre e, on tombe sur électroencéphalographique, adjectif qui, au pluriel, compte 26 lettres également… Alors ?
Alors, on se pose des questions : qu’est-ce qu’un mot ? Qu’est-ce que la longueur d’un mot ? Qu’est-ce que la langue française ?
Parler de « plus long mot de la langue française » a-t-il un sens ? Le Duval-Duval (Dictionnaire de la Chimie et de ses applications, 3e édition, 1978), bien connu des scientifiques, recense une foule de molécules. On y apprend ainsi que la dinitrobutylxylylméthylcétone n’est autre que le musc. Bien ! Ce mot (dinitro…) nous intéresse parce qu’il dépasse de quatre unités anticonstitutionnellement ; fait-il pour autant partie de la langue française ?
Quant à arrière-arrière-arrière- … -arrière-grands-parents qui s’allonge à volonté, tel une longue-vue ou une de ces cannes à pêche télescopiques de poche, peut-on dire encore qu’il s’agisse d’un mot ?
Un cri
Ce midi, ce même cri ressuscitait dans la gorge d’une femme. Petite, elle était couchée en boule sur le trottoir, entre la roue avant d’une voiture et un homme dressé. Regardant par la vitrine de libraire, je les aperçus au moment où le pied de l’homme percuta avec une violence extrême le visage de la femme. Le pied était chaussé d’une bottine. Le coup fut porté en pleine face. L’homme était fort, furieux, soucieux de faire mal.
Voyant la tête de la femme rebondir contre la roue, je sors. L’homme s’arrête de frapper, l’insulte. Je vois qu’il y a déjà un attroupement. La femme n’est pas assommée. Elle hurle à nouveau. Je sors mon téléphone. Un type me dit : «N’appelle pas les flics ou tu vas les avoir sur le dos.» J’appelle, explique et localise. «C’est sûrement une querelle de ménage» me rétorque mon interlocuteur. Je me sens obligé de préciser : «Cela peut tourner à l’homicide de ménage.» Une patrouille est envoyée. Prenant probablement conscience de l’attroupement, le type entre dans une maison, y traînant la femme.
Un ami avec lequel j’avais rendez-vous arrive. Nous entrons au restaurant. Je commande un steak. La police appelle sur mon gsm. Ils ne trouvent personne. Je leur donne le moyen de localiser la maison. Ils semblent ne pas m’écouter : «On ne voit rien, on continue la patrouille.» J’insiste. Eux aussi.
Voilà. Les rues sont vides, la police patrouille, mon steak est trop cuit et, tout près de nous, dans une maison à la porte close, un homme et une femme se retrouvent face à face.
Un kilo de plomb
Galilée n’a jamais fait cette expérience, étant intellectuellement équipé pour procéder au simple raisonnement suivant :
Prenons 10 poids de plomb de 1 Kg chacun. Tomberaient-ils plus vite si on les reliait par une ficelle pour en faire une masse unique de 10 Kg? Il n’y a à l’évidence aucune raison qu’une simple ficelle modifie la vitesse de chute. On peut faire l’économie de l’expérience et conclure que la chute est indépendante de la masse.
Le vrai mystère est de savoir pourquoi 1 Kg de plomb tombe comme 1 Kg de fer. Les corps qui se meuvent sous la seule influence du champ de gravitation subissent une accélération qui ne dépend aucunement de la matière ni de l’état physique du corps. Ça, c’est pour le moins singulier, et c’est cette singularité qui à mené à la théorie de la Relativité et ainsi conduit à une vision non galiléenne de l’univers.
Mais, allez savoir pourquoi, qu’un kilo de plomb tombe comme un kilo de fer ne surprend personne…
Huit compositeurs belges
De 2002 à 2004, la Société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs (SABAM) m’a commandé une série de très courts entretiens avec des compositeurs belges. Le contrat était très simple : ne pas dépasser 500 mots. Ceci réservait à la musique classique contemporaine une place proportionnelle à son intérêt économique dans le panorama culturel belge. Ceci permettait, parfois, d’aller à l’essentiel.
Il s’agit de Luc Brewaeys, Luc Van Hove, Michel Lysight, Wim Henderickx, Piotr Lachert, Frédéric Devreese, Jean-Marie Simonis et Félix Snyers.
En voici la compilation :
Félix Snyers – interview
Jean-Marie Simonis – interview
Frédéric Devreese – interview
Piotr Lachert – interview
Michel Lysight – interview
Wim Henderickx – interview
Luc Van Hove – interview
Anamnèse sur CD
Anamnèse est désormais disponible sur CD : une production DUX reprenant la création mondiale en Pologne de Zofia Wislocka et de Musici Brucellensis (2002).
Luc Brewaeys – interview
L’audience planétaire
La musique passe naturellement pour un langage à même de transcender les autres, présentant une universalité qui ne s’encombre d’aucune frontière. Pourtant, les milieux de la musique ne ressentent guère la mondialisation comme un facteur épanouissant. Il y voient, au mieux, un défi. C’est que les changements induits par la globalisation altèrent profondément maisons d’édition et maisons de disques mais aussi le métier de composer et l’art d’écouter, de telle sorte que c’est l’ensemble de la chaîne musicale qui se trouve impliqué dans un processus de mutation qui le touche d’une façon fondamentale. Il ne s’agit pas ici d’une évolution mais bien d’une révolution.


